Faune

04 octobre 2014 10:22; Act: 04.10.2014 10:49 Print

Un parasite pour éliminer le frelon asiatique

L'espèce invasive qui menace les ruchers européens pourrait bientôt être éradiquée grâce aux travaux de chercheurs français, un espoir pour les apiculteurs.

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Eric Darrouzet, enseignant-chercheur à l'Université de Tours, dans l'ouest de la France, observe grâce à une loupe binoculaire un cadavre de l'ennemi. A l'aide de micro-pinces de dissection, il extrait un parasite qu'il plonge immédiatement dans un tube rempli d'éthanol. «L'éthanol permet de conserver son ADN».

C'est en procédant de la sorte qu'il a découvert avec son équipe le Conops vesicularis, une espèce parasitoïde, sorte de petite mouche qui pond son oeuf au printemps sur des reines frelons. «L'oeuf éclot, et la larve, comme l'Alien du film, va se développer dans l'abdomen de son hôte, ce qui va entraîner au bout de dix ou quinze jours la mort de la reine». Cette découverte est essentielle car si ce parasite tue la reine, la colonie entière ne lui survit pas.

Les chercheurs peuvent désormais imaginer mettre au point un système de lutte biologique contre le frelon asiatique. «Il faudra des années pour démontrer que ce parasitoïde a une préférence pour le frelon asiatique et qu'il n'entraînera pas de dégâts collatéraux sur les abeilles, les bourdons et les guêpes», tempère Eric Darrouzet qui travaille aussi sur plusieurs types de pièges.

piège sélectif

«Un des buts de notre projet est la fabrication d'un piège sélectif. Il pourrait être mis à la disposition des professionnels de l'apiculture et des amateurs pour protéger leurs ruchers». Eric Darrouzet reste discret sur les avancées de ses recherches. Avec son équipe, il travaille sur l'architecture d'un piège pour qu'il soit plus sélectif, malgré l'utilisation d'un appât non sélectif. «Un prototype est déjà à 99% sélectif. Fin 2015, nous devrions avoir un piège sélectif disponible».

«On veut remplacer les appâts alimentaires à base de sucre et de protéines par un appât phéromonal à base de molécules volatiles émises par les frelons. On teste ces molécules isolées en laboratoire. On le fera dès l'année prochaine sur le terrain. L'objectif est de labelliser et de faire breveter ces pièges».

Ce frelon (vespa velutina) est arrivé en France il y a une dizaine d'années. «Cette espèce pose de gros soucis car elle se nourrit de nombreux insectes, dont les abeilles. C'est une catastrophe pour les apiculteurs. Mais aussi pour la biodiversité, car ce prédateur généraliste chasse divers insectes. De plus, sa piqûre peut être mortelle».

Cette espèce invasive se répand de plus en plus en Europe, et même en Europe de l'Est, épargnée jusqu'alors.

(afp)