Placements abusifs

15 septembre 2016 15:47; Act: 16.09.2016 07:50 Print

«Cette décision est une grande satisfaction»

par Christine Talos - L'Etat dédommagera les victimes de placements abusifs. Le Conseil des Etats a donné son feu vert au contre-projet du Conseil fédéral. L'ex-sénateur vaudois Luc Recordon est ravi.

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Luc Recordon a retrouvé avec plaisir pour l'occasion les fauteuils du Conseil des Etats à Berne. (Photo: Christine Talos)

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C'est une journée «historique» de l'avis des initiants et de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. Les victimes de placements abusifs seront indemnisées à hauteur maximale de 25'000 francs par personne. Après le National, le Conseil des Etats a approuvé ce jeudipar 36 voix contre une le contre-projet indirect à l'initiative populaire sur la réparation. Les initiants, heureux de cette décision, ont annoncé immédiatement leur intention de retirer leur texte. Parmi eux, l'ancien conseiller aux Etats Luc Recordon (Verts/VD), n'a pas caché sa satisfaction. Interview.

20 minutes: Monsieur Recordon, votre première réaction après ce vote

Luc Recordon: Je suis évidemment content. Le processus parlementaire est très satisfaisant. Tout ce que l'initiative demandait a été accepté. Seule différence: le montant alloué aux victimes qui est moindre dans le contre-projet du Conseil fédéral. (ndlr. 300 millions au lieu des 500 demandés) avec une somme maximale de 25'000 francs par personne ce qui n'est pas très généreux, mais dans la moyenne suisse en ce qui concerne le tort moral. Un montant qui a été raboté car Berne estime, et je pense que c'est assez juste, que tout le monde ne demandera pas réparation.

Et le principal, c'est aussi d'être reconnu comme victime et d'être indemnisé en tant que telle?

Évidemment. Mais il y a déjà toute une partie du processus qui a été atteint lors du traitement de l'initiative. Avec les excuses officielles notamment de Simonetta Sommaruga, et celles sur le plan vaudois, de Pierre-Yves Maillard. Et puis il y a un travail de mémoire, qui va maintenant pouvoir débuter, notamment par la gestion des archives afin qu'elles ne disparaissent pas et que l'on puisse faire des études qui sont quand même aussi une manière de rendre justice aux victimes.

Et l'avantage du contre-projet c'est que cela va aller vite désormais pour les victimes

C'est vrai. Le facteur temps est un élément essentiel. Pas mal de victimes sont déjà âgées, certaines en mauvaise santé. Si on veut qu'elles puissent bénéficier de cette réparation et ne pas malheureusement décéder avant de l'avoir reçue, il fallait agir vite.

Il y a quand même eu ce jeudi une demande de non-entrée en matière d'un sénateur UDC qui jugeait que les enfants placés de force auraient sans doute eu une vie encore pire s'ils n'avaient pas été placés et qu'en plus ils n'étaient, à cette époque pas les seules victimes de mauvais traitements. Que pensez-vous de ces arguments?

Ces arguments ne tiennent pas la route. Certes, avancer que les enfants placés auraient eu une moindre qualité de vie sans cela, on peut discuter de cas en cas. Mais la question est surtout de comment on les a placés, sans surveiller ce qui leur arrivait ni les conditions dans lesquelles ils vivaient. C'est ça qui est le plus choquant. D'autant qu'ils ont souvent été privés de tout lien réel avec leurs familles alors que cela aurait été dans biens des cas possible.

Ce sénateur estimait aussi qu'il fallait laisser le peuple décider, plutôt qu'élaborer un contre-projet

Pourquoi faudrait-il faire voter le peuple à tout prix si les Chambres arrivent à se mettre d'accord? On pourrait sortir cet argument pour toutes sortes de choses! Et si cela ne lui plaît pas, que ce Monsieur lance un référendum.

C'est donc une page sombre de l'histoire suisse qui se tourne ?

Oui. Mais pour l'instant elle se tourne à moitié. Il faut quand même attendre que les montants soient demandés, calculés, versés et que les études aient lieu. Mais ce vote aujourd'hui est une très grande satisfaction surtout qu'on a l'impression que c'est un sujet qui n'a pas divisé le monde politique selon des lignes partisanes.

(nxp)

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Les commentaires les plus populaires

  • pti lulu le 15.09.2016 20:43 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Y a pas qu'eux

    moi aussi,dans les années 55-60 j'ai été placé au servan à Lausanne, dirigé par les soeurs à cornette et y ai subit la maltraitance, défiler dans le dortoir avec le slip sur la tête et devai dire, je suis un sale, je suis un sale parce que quelques traces tachais la culotte (du papier journal pour s'essuyer !!! ) nous dormions sur des alèses en caoutchouc, pas gentil, 2 sceaux d'eau glacée sur la tête en plein hiver, pipi, accompagné par la soeur pour voir si c'est vrai qu'on avait besoin, même remanger son vomis, manger des soupes tournée ! j' en passe et des meilleures. Alors, amis du Servan réunissons nous, la confédération à plein d'argent pour nous aussi, mais si vous êtes à l' AVS pas question, les caisses sont vides. j'ai vraiment vécu cette époque et me dit que d'autres ont vécu pire et que ça a fait un épisode dans ma vie

  • Loufoca le 15.09.2016 18:34 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Mme

    Tout l'or du monde ne pourra réparer les horreurs faite par notre pays à ses enfants, mais au moins une reconnaissance et j'espère qu'ils pourront vivre avec fierté.

  • Conus Agnes le 16.09.2016 05:52 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Réponse

    Ceux qui les ont u en place et qui les ont mal traiter , c'est as eux de payer et non la société

Les derniers commentaires

  • Blerim Bachkum le 16.09.2016 11:34 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Autre époque

    A l'époque c'était courant que les familles nombreuses n'arrivaient pas à assumer leurs enfants, qui étaient placés chez des voisins ou autres familles d'accueil. Ça ne sert à rien de brasser, c'était une autre époque.

  • JCvC le 16.09.2016 11:14 Report dénoncer ce commentaire

    L'Etat ne doit rien

    Si des maltraitances ont eu lieu, elles sont condamnables et c'est aux coupables de payer directement, pas à l'Etat. L'Etat a agi pour le bien de la communauté, pour le bien-être de la société et pour la protection de l'enfance. Aucune faute n'est attribuable à l'Etat, aucune culpabilité, aucune responsabilité, si ce n'est au nom du politiquement correcte. On vole le contribuable. Rien n'est dû.

    • rudi le 16.09.2016 12:02 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @JCvC

      et les controles qui n'ont pas été fait avec sérieux, c'est pas l'état... dans la démocratie et mème la famille, si tu as des droits ils sont accompagné de devoirs...

  • Marc le 16.09.2016 09:16 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Et les vrais responsables?

    Super, mes impôts vont payer pour quelque chose qui s'est passé avant ma naissance!

  • Jacques Houzi le 16.09.2016 08:54 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Compassion

    Donc on répare les erreur de nos grands parents. Suis pas favorable même si j'ai de la compassion.

  • Darth le 16.09.2016 08:51 Report dénoncer ce commentaire

    souffrance reconnue et indemnisée

    Sur le principe des excuses et de l'indemnisation c'est bien, enfin l'état reconnaît ses erreurs et va payer. Mais cet argent ne remplacera jamais la souffrance subie. Le tort moral est faiblement indemnisé en Suisse que ce soit de la faute de l'état ou d'un tiers. Une page noire de l'histoire de la Suisse va enfin se tourner