Zurich

01 novembre 2018 19:50; Act: 01.11.2018 19:50 Print

«De telles personnes doivent aller en prison»

Une tragique affaire de sextorsion est traitée dès ce jeudi par la justice zurichoise. Avant même qu'un verdict soit prononcé, plusieurs politiciens militent pour des sanctions sévères.

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Un Suisse de 30 ans comparaît ce jeudi devant le Tribunal de district d'Uster (ZH) pour actes d'ordre sexuel avec un enfant, contrainte et pornographie illégale. En lisant l'acte d'accusation, certes grave, rien ne laisse cependant transparaître le funeste destin de sa victime présumée.

En juin 2017, la Finlandaise de 14 ans, souffrant de troubles et problèmes psychiques, s'était suicidée après que le suspect l'avait fait chanter. Les deux s'étaient rencontrés en 2016 sur le Net. Rapidement, le trentenaire l'avait poussée à se prendre en photo nue et à tourner des vidéos d'elle à caractère sexuel. Pour finir, le Suisse avait publié le matériel accompagné du vrai nom de l'adolescente sur un site pornographique.

Aucun lien direct

Le Ministère public requiert 2 ans de prison à l'endroit de l'Alémanique. Il a cependant demandé que la peine soit commuée en thérapie ambulatoire. Le suicide n'a pas été pris en compte dans l'accusation, puisque aucun lien direct n'a pu être trouvé entre les agissements du Suisse et le suicide.

Interrogé par «Blick», le trentenaire ne semble pas éprouver de remords. «Je voulais juste mettre un peu la pression. J'espère que toute cette histoire sera bientôt oubliée.» Le prévenu ajoute qu'il ne se sent pas responsable de la mort de la Finlandaise. En revanche, il se soucie des conséquences négatives que ce cas pourrait avoir pour lui: «J'ai peur que cette affaire me colle à la peau.» Quand la fille s'est donné la mort, précise-t-il, les deux n'étaient déjà plus en contact depuis plusieurs mois. Ce n'est qu'en détention provisoire qu'on lui aurait annoncé sa mort. Pour finir, il ne nie pas les faits qui lui sont reprochés: «Oui, je l'ai menacée avec ses photos la montrant nue. Et oui, je les ai publiées sur le Net.»

«De nos jours, les auteurs s'en sortent trop bien»

Plusieurs politiciens interrogés par «20 Minuten» exigent désormais des sanctions plus lourdes pour les cyberdélits. Pour la conseillère nationale Viola Amherd (PDC/VS), qui a récemment annoncé sa candidature au Conseil fédéral, le droit pénal suisse est insuffisant, surtout lorsque des victimes sont poussées au suicide à travers du cybermobbing, de la sextorsion ou la publication de photos intimes sur le web. «Souvent, les causes poussant une personne à se suicider sont multiples. Mais la publication de photos sur un site pornographique peut représenter la goutte d'eau qui fait déborder le vase.» Et d'ajouter: «De nos jours, les auteurs s'en sortent trop bien.»

C'est la raison pour laquelle la Valaisanne demande la création d'un article de loi permettant de sanctionner plus sévèrement ce type de délits: «De nos jours, on doit se contenter d'actes d'ordre sexuel avec un enfant, contrainte ou encore pornographie illégale pour condamner les auteurs. Et comme les faits se produisent dans l'espace virtuel, les sanctions prononcées sont souvent trop clémentes.»

«C'est effrayant!»

Viola Amherd est soutenue par la conseillère nationale Natalie Rickli (UDC/ZH). Pour la Zurichoise, le sort de l'ado finlandaise est d'autant plus choquant que l'accusé a simplement ignoré ses menaces de suicide. «Il est donc totalement incompréhensible que sa peine soit commuée en thérapie ambulatoire. D'autant plus qu'il a des antécédents judiciaires. De telles personnes doivent aller en prison.»

La conseillère nationale Yvonne Feri (PS/AG) estime finalement elle aussi que la loi actuelle n'est pas suffisante: «C'est effrayant de voir que le suicide n'a pas été davantage pris en compte dans le procès.» La socialiste rappelle néanmoins que le droit pénal a déjà été renforcé. Elle souligne aussi qu'une motion demandant jusqu'à 10 ans de prison pour des actes d'ordre sexuel avec des enfants est actuellement toujours en suspens.

«Menace pour la société»

Peter Albrecht, professeur en droit pénal, défend cependant l'acte d'accusation déposé par le Ministère public zurichois: «En règle générale, une thérapie ambulatoire est appuyée par une expertise psychiatrique. Si tel est le cas, cela signifie que l'auteur est susceptible d'être réceptif à la thérapie. Une mesure ambulatoire est le moyen le plus efficace pour réduire le risque de récidive. Enfermer une telle personne pendant 2 ans en prison est problématique parce qu'une fois la peine purgée, elle représente toujours une menace pour la société.»

Pour finir, Peter Albrecht explique qu'il est très difficile pour la justice de prouver un lien entre le chantage et le suicide de l'adolescente: «On doit pouvoir démontrer que sa mort est une conséquence directe du comportement de l'accusé. C'est très compliqué puisque en règle générale plusieurs facteurs entrent en compte lorsqu'une personne se donne la mort.»

(the/ofu)