Mégacongrès musulman à Bienne

18 février 2011 13:38; Act: 18.02.2011 15:14 Print

«Ils sont dans la provocation»

par Raphaël Pomey - A un jour d'un show accueillant des orateurs controversés, un spécialiste de l'islam «allume» les organisateurs.

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Abdel Azziz Qaasim Illi (à gauche) et Nicolas Blancho, organisateurs du congrès musulman biennois. (Photo: Keystone)

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C'est le congrès religieux le plus controversé depuis longtemps, en Suisse. Samedi, au Palais des Congrès, l'incontournable Nicolas Blancho et ses amis du Conseil central islamique suisse (CCIS) attendent mille personnes pour une journée consacrée à la conciliation de l'identité musulmane avec la modernité.

Accueillant l'imam de la principale mosquée de Pristina, au Kosovo, Shefqet Krasniqi, ainsi qu'une journaliste britannique -Yvonne Ridley-convertie après avoir été l'otage des talibans, l'événement déchaîne depuis plusieurs semaines les passions. Lors de l'annonce de la tenu du congrès, le CCIS avait précisé ne pas toujours partager le point de vue de ses invités. Telle qu'annoncée, la manifestation se veut pacifique et constructive.

Alors que des manifestations sont déjà annoncées devant les lieux du congrès, Stéphane Lathion, président du Groupe de Recherche sur l'Islam en Suisse, analyse le buzz qui entoure la rencontre.

«Ils ne représentent personne!»

«Nicolas Blancho est une blague depuis près de deux ans, juge l'expert. Il ne représente que lui-même et ses copains, soit pas grand-monde.» Pour lui, le Biennois bénéficie avant tout d'une couverture médiatique en décalage total avec son importance dans le paysage musulman en Suisse: «Il faut savoir qu'en Suisse, on a encore plutôt un «islam ethnique», c'est à dire que les musulmans se réunissent en fonction de leurs origines. Quand Blancho s'autoproclame représentant des croyants au niveau suisse, cela ne correspond à aucune réalité. Il n'est même pas tellement apprécié à Bienne.»

Le coup de force: «faire venir l'imam de Pristina»

Bien qu'isolé, le CCIS a réussi un joli coup en invitant Shefqet Krasniqi, à même d'attirer les personnes originaires des Balkans, note Stéphane Lathion. Il pense d'ailleurs qu'il y aura surtout des convertis et des gens des Balkans à l'événement.

Autre preuve de sens stratégique, organiser le congrès dans une petite ville comme Bienne: «Avec les gens qui y participeront, le service de sécurité, la police et les manifestants, devant, cet événement va donner l'impression d'être énorme.» Il juge stupide la stratégie des opposants à Nicolas Blancho, qui lui donneraient trop d'importance en voulant manifester devant le Palais des Congrès. «Ils feraient mieux d'organiser un pique-nique alternatif dans la forêt, pourquoi pas avec des produits hallals pour attirer les musulmans. On se dirait qu'il y a eu un autre gros événement à Bienne et ça détournerait l'attention de Blancho et de ses copains.»

Des discussion peu politiques

«Nicolas Blancho et le CCIS étant dans une démarche de provocation, ils ne vont pas faire venir le Dalaï Lama, ajoute le spécialiste. Il est possible que des propos limites soient tenus, mais cela s'inscrit dans leur logique. L'UDC et Blancho ont besoin l'un de l'autre. Tous deux sont dans la provoc', chacun dans une extrême.»

Les discussions risquent de se résumer à une présentation de l'islam comme seule solution aux problèmes d'un monde injuste et décadent, conclut le scientifique. «Il y aura aussi un côté folklorique à voir des types en robe afghane!»