Changement de sexe

11 avril 2019 13:45; Act: 12.04.2019 15:30 Print

«J'ai su tôt que quelque chose ne jouait pas»

En 2017, quatorze mineurs ont subi une opération de réattribution de sexe en Suisse. La demande pour de telles interventions serait en hausse, selon divers spécialistes.

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(Photo: Stevan Bukvic)

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«Je ne voulais pas porter de robe et je n'aimais pas la couleur rose. J'ai su très tôt que quelque chose ne jouait pas.» Manuel a 19 ans et vit en Suisse alémanique. En octobre dernier, il a commencé à suivre un traitement hormonal en vue d'une opération de réattribution de sexe, rapporte jeudi «20 Minuten».

Une fois le traitement entamé, raconte le jeune homme, tout est allé très vite. «Après deux semaines, ma voix a commencé à changer. Et dans les mois qui ont suivi, mon corps est devenu plus musclé. Tout ça sans que je fasse rien. C'est vraiment cool.»

Avec le recul, concède Manuel, il aurait voulu commencer bien plus tôt le processus de changement de sexe. «Mais au début, je n'osais pas en parler à mes parents. J'avais peur qu'ils ne m'aiment plus et qu'ils ne m'acceptent plus.» Pourtant, leur réaction a été toute autre: «Ils m'ont dit qu'ils s'en doutaient depuis toujours. Ils me soutiennent. C'est vraiment génial.»

Interventions dès 16 ans

Manuel n'est de loin pas le seul jeune à se retrouver dans une telle situation. Dans certains cas, les interventions chirurgicales de changement de sexe se font avant le 18e anniversaire. En 2017, quatorze mineurs ont subi de telles opérations en Suisse. Le nombre d'adultes se monte à 175 pour la même année. C'est ce qui ressort de récents chiffres publiés par l'Office fédéral de la statistique et de la banque de données SwissDRG.

Selon David Garcia Nunez, de l'Hôpital universitaire de Bâle, la demande pour des interventions pratiquées sur mineurs serait en hausse. Il explique que l'identité sexuelle se développe entre l'âge de 2 et 4 ans. Les enfants savent donc déjà très tôt s'ils se sentent à l'aise dans leur corps, précise-t-il. Malgré cela, l'hôpital bâlois n'opère des mineurs que dans de «rares exceptions» puisqu'il est plutôt conçu pour prendre en charge des adultes. «Mais la demande est bien présente», conclut-il.

«Le nombre d'opérations de réattribution de sexe augmente constamment, aussi chez les jeunes», affirme également Alecs Recher, de Transgender Network Switzerland. Selon lui, les transgenres mineurs peuvent de nos jours davantage parler de la problématique. C'est qui est positif, conclut-il.

Le garçon et la poupée

Udo Rauchfleisch, psychologue bâlois, constate lui aussi une hausse du nombre de mineurs venant le voir parce qu'ils ne s'identifient pas avec leur sexe biologique. Sa plus jeune patiente a 5 ans. Il tient cependant à préciser qu'il n'y a pas plus de personnes transgenres aujourd'hui qu'avant. La seule différence c'est que ces gens osent davantage en parler de nos jours.

L'expert souligne également qu'un garçon n'est de loin pas transgenre juste parce qu'il joue à la poupée et qu'il aime porter des jupes. Les parents devraient néanmoins prendre très au sérieux leur enfant si celui-ci fait des allusions répétées à son mal-être.

«Il s'agit d'un processus très long et pénible. La souffrance des enfants et des adolescents dans ce genre de situation est très grande.» Dans certains cas, explique-t-il, les médecins repoussent la puberté jusqu'à l'âge de 16 ans avec des médicaments. Le but: donner du temps aux jeunes pour être au clair avec leur situation. «Le développement des attributs sexuels est très mal vécu par les enfants concernés.»

Manque de discernement?

Ruth Baumann Hölzle, théologienne et experte en questions d'éthique, travaille pour la fondation Dialog Ethik. Elle met en cause le discernement des enfants et des adolescents. «Il a été prouvé que la puberté entrave la capacité de discernement quant à la perception de son corps. Et à cet âge, les jeunes sont fortement influencés par leur cercle d'amis.» Selon elle, l'orientation sexuelle n'est pas encore définie clairement à la puberté.

Elle rappelle qu'un traitement hormonal tout comme une opération de réattribution de sexe sont des «interventions massives». Selon elle, les jeunes devraient être protégés de décisions qu'ils risquent peut-être de regretter plus tard.

(dk/ofu)