Suisse/Italie

10 juillet 2014 11:14; Act: 10.07.2014 12:21 Print

«La Suisse a la mort de ma fille sur la conscience»

Renvoyée en Italie après avoir voulu se rendre en France en traversant la Suisse, une Syrienne a accouché d'un enfant mort-né faute de soins. Son mari accuse les autorités helvétiques.

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Le père de famille tient les autorités helvétiques pour responsables du drame. (Photo: Capture d'écran «10 vor 10»)

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C'est l'émission «10 vor 10» de la SRF qui a révélé l'affaire mercredi. Refoulée en Italie après avoir voulu se rendre en France en passant par la Suisse, une Syrienne enceinte de sept mois a accouché d'un enfant mort-né faute de soins. Le corps des gardes-frontière mène une enquête interne, comme l'a confirmé son chef, Jürg North.

Un médecin italien a vertement critiqué les autorités suisses sur le plateau de SRF. «Si la femme avait reçu de l'aide en Suisse, ce malheur aurait pu être évité», selon lui.

«Taisez-vous et ne nous cassez pas les bonbons»

Les funérailles du bébé se sont déroulées mercredi, à Domodossola (It), précise «20 minuti». Le père de la petite fille est encore en état de choc: «Je tiens la Suisse pour responsable. Elle a la mort de ma fille sur la conscience: si ma femme avait reçu les soins nécessaires, alors peut-être que...» a-t-il déclaré, avant de livrer sa version des faits.

«Ce qui s'est passé devra passer devant la justice: à la gare de Brigue (VS), nous avons été enfermés dans une cellule. Ma femme continuait de saigner, elle a perdu les eaux: nous appelions à l'aide, mais rien, pas même une infirmière», raconte le Syrien. «Taisez-vous et ne nous cassez pas les bonbons», auraient lancé les autorités à l'attention du couple. Le père du bébé mort-né raconte encore que son épouse ne tenait pas sur ses jambes et qu'il a alors demandé un fauteuil roulant. «Ils nous ont de nouveau demandé de nous taire. J'ai dû porter ma femme jusque dans le train», ajoute le réfugié.

«Mes droits ont été piétinés»

Renvoyée à Domodossola, d'où elle était partie, la famille a été transportée d'urgence à l'hôpital, mais il était trop tard: le bébé était déjà mort. L'autre enfant du couple, un garçon âgé de 2 ans, avait 40 de fièvre et souffrait de vomissements et de diarrhée. «Je pensais que la Suisse était un pays civilisé, nous fuyions la mort et la guerre, nous cherchions juste de l'hospitalité. Mais mes droits ont été piétinés, tout comme ceux de ma femme et de cette petite fille qui n'a jamais pu naître», s'insurge le Syrien.

Le groupe de réfugiés était, pendant son trajet de retour entre Vallorbe et Domodossola, sous la responsabilité des gardes-frontière suisses, relève Jürg Noth. L'implication et les fautes éventuelles de responsables suisses doivent être rapidement clarifiées, précise le chef des gardes-frontière, qui en saura plus à la fin de la semaine.

Les avocats de la famille sont en train d'évaluer les actions légales à entreprendre, selon «20 minuti». Ils songent notamment à saisir la Cour européenne des droits de l'homme. Une vidéo de l'incident, filmée par un membre de la famille, serait en leur possession.

(joc/ats)