Emeutes au Chili

23 octobre 2019 15:57; Act: 23.10.2019 21:51 Print

«La police a tiré dans la main d'une de mes amies»

Après cinq jours de troubles qui ont fait 15 morts, le président chilien a adopté un ton radicalement différent pour mettre fin à la crise. Des Suisses d'origine chilienne racontent le chaos.

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La contestation sociale au Chili a fait quinze morts en 5 jours. Nos collègues alémaniques ont interrogé une Suissesse d'origine chilienne, dont les proches sont encore sur place. «Une de mes amies a manifesté avec seulement une cuillère en bois et une casserole. La police lui a tiré dans la main.» Annahi Keimer dit avoir reçu de nombreuses vidéos relatant les violences policières dans son pays d'origine. On y voit à plusieurs reprises la police tirer sur des manifestants. «Beaucoup de gens manquent aussi à l'appel. Ils ont été emmenés par la police pendant les protestations et maintenant, leurs familles les recherchent», déplore la jeune femme. Elle explique également que les Chiliens les plus âgés ne s'informent pas sur les réseaux sociaux et n'ont, comme seule source d'information, les «fake news» diffusées sur la télévision d'Etat.

La belle-mère de T.R.* vit près de Santiago du Chili. «Elle a peur pour les jeunes qui manifestent dans les rues», dit la trentenaire. En même temps, sa belle-mère est satisfaite de la révolte populaire. «L'État se met tant d'argent dans les poches, qu'il était temps que la population agisse pour améliorer sa propre situation».

Endettement pour des besoins primaires

Un autre Suisse d'origine chilienne explique que la problématique des salaires a mis le feu aux poudres. «Les gens s'endettent mois après mois pour simplement payer la facture d'eau, la nourriture, l'électricité et le gaz». Pour R*, les investissements publics dans le domaine de la santé, de l'éducation et des universités sont également très insuffisants.

Les trois personnes interrogées par 20 Minuten dénoncent toutes l’attitude du gouvernement (ndlr: les entretiens ont été réalisés avant les annonces du président dans la nuit de lundi à mardi). En effet, ce dernier blâme les manifestants pour les pillages et incendies alors que des vidéos montrent des policiers se livrer aux exactions en question. «Sur les réseaux sociaux, on peut voir des policiers mettre le feu à des bus et braquer des magasins, mais la télévision d'Etat présente ces images comme si des manifestants étaient derrière tout cela», s'insurge R*.

Selon le parquet, quatre personnes ont été tuées par des tirs des forces de l'ordre et onze sont mortes dans des incendies et des pillages, principalement de centres commerciaux. Selon les autorités, 239 civils ont été blessés, ainsi qu'une cinquantaine de policiers et de militaires, et 2643 personnes arrêtées. Face à cette crise sans précédent, le président a proposé des mesures sociales afin de mettre fin à ces troubles. Il a reconnu ne pas avoir anticipé l'explosion sociale due à l'augmentation du prix des transports publics.

* Nom connu de la rédaction

(bz/cga)