Opération refusée

29 avril 2019 10:32; Act: 29.04.2019 15:11 Print

«Je souffre à cause de mes gros seins»

Une étudiante alémanique n'a pas les moyens de s'offrir une réduction mammaire. Et malgré des problèmes de santé, sa caisse maladie refuse de prendre en charge les frais.

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«Ma poitrine a commencé à se développer quand j'avais 10 ans. Comme je suis petite et mince, mon corps est rapidement devenu disproportionné.» R.S.*, désormais âgée 22 ans, explique lundi à «20 Minuten» qu'elle n'osait même plus aller au cours de sport de crainte qu'on se moque d'elle. «Encore aujourd'hui, je n'aime pas aller à la piscine. Et quand je sors le soir, on me considère comme un objet sexuel.»

L'étudiante alémanique, qui porte un bonnet 65G, souffre de problèmes de dos. Sa posture, explique-t-elle, ne cesse de se détériorer au fil du temps. «À la base, je suis quelqu'un de sportif. Mais ma poitrine me fait mal quand je bouge. C'est presque impossible de trouver un soutien-gorge sportif à ma taille.» Idem pour les maillots de bain et les dessous traditionnels, qu'elle doit acheter dans des commerces spécialisés. R.S. a même déjà dû se faire opérer d'urgence parce qu'un soutien-gorge trop petit avait provoqué chez elle une lésion cutanée.

Environ 15'000 francs

Selon nos confrères alémaniques, la vie de la jeune femme est entravée au quotidien à cause de sa forte poitrine. «J'ai un job en tant que serveuse. Porter un plateau n'est pas si facile et c'est gênant lorsque je dois me baisser pour apporter les commandes aux clients.»

Une réduction mammaire permettrait de mettre un terme à ses souffrances. Le hic: l'intervention coûte environ 15'000 francs, soit beaucoup trop cher pour l'étudiante. C'est pourquoi elle a pris contact avec son assurance maladie, la KPT, afin qu'elle prenne en charge les frais liés à l'opération.

Or sa caisse a refusé sa demande tout en lui conseillant de continuer à faire de la physiothérapie. Dans sa décision, KPT se réfère notamment à une ancienne décision en justice, qui stipule qu'une prise en charge est admise du moment qu'un minimum de 500 grammes puisse être enlevé par sein. Et dans le cas de R.S., l'assurance doute que cela soit possible.

500 grammes de chaque côté

Contacté, un porte-parole de KPT assure que chaque demande est évaluée au cas par cas: «Plusieurs critères sont vérifiés. Il s'agit notamment de définir si l'affection peut être qualifiée de maladie, de s'assurer que la patiente n'est pas en surpoids et que l'intervention est efficace et adéquate. Il faut aussi que la réduction mammaire se traduise par 500 grammes de tissus par sein. Il s'agit d'une valeur de référence.»

Eva Neuenschander Fürer, médecin spécialisée en chirurgie plastique et reconstructive, confirme: «Plusieurs conditions doivent être remplies pour que les coûts soient pris en charge. On doit pouvoir prouver que la forte poitrine rend la patiente malade. Les femmes ne doivent par ailleurs pas être en surpoids et souffrir de douleurs dorsales pouvant être prouvées.»

Assurances de plus en plus restrictives

Elle note cependant que les caisses maladie sont devenues de plus en plus restrictives au fil des ans. «Il y a vingt ans, 8 demandes sur 10 de réductions mammaires étaient acceptées en moyenne. De nos jours, ce ne sont plus que de 2 sur 10.»

Interrogée sur la règle qui prévoit que 500 grammes doivent pouvoir être enlevés par sein, elle critique: «Ce chiffre est à prendre avec des pincettes. 500 grammes ne sont pas la même chose pour une femme mesurant 1m80 que pour une femme mesurant 1m60.»

(jk/ofu)