Député au Grand Conseil bernois

28 mars 2018 17:52; Act: 29.03.2018 13:29 Print

«Mon amie a été décapitée par des islamistes»

Mohamed Hamdaoui, député socialiste au Grand Conseil bernois, a raconté une tragique histoire, mardi, lors d'un débat sur la surveillance des imams.

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(Photo: PS Berne)

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Une séance du Grand Conseil bernois a connu une tournure émouvante, mardi passé. En plein débat sur la surveillance des imams, le député biennois socialiste Mohamed Hamdaoui a livré un témoignage bouleversant. Il est revenu sur une histoire qui s'est produite dans les années 1990 en Algérie et qui le marque encore au quotidien. C'est à cause de ce qui s'est passé dans ce pays d'Afrique du Nord que le Bernois s'est d'ailleurs lancé dans la politique.

«En 1992, j'ai passé mes vacances à Lakhdaria, une localité d'environ 20'000 habitants. Les gens étaient très libres. Nous allions à la plage et buvions de la bière», a-t-il expliqué. C'est au cours de ce séjour, passé chez les parents d'un ami, qu'il avait fait la rencontre de Fatiha. «Elle était belle, intelligente et avait envie de devenir journaliste, comme moi.» Selon Mohamed Hamdaoui, le courant avait immédiatement passé entre les deux.

«Nous avions prévu de nous marier»

Le quinquagénaire a précisé qu'il était tombé amoureux d'elle et que, «comme par miracle», elle aussi. De retour en Suisse, se souvient le politicien, ils n'ont cessé de s'écrire des lettres. Rapidement, ils ont commencé à imaginer un futur commun. «J'étais encore étudiant à l'époque. Je n'avais pas d'argent, mais je voulais tout faire pour qu'elle puisse rapidement me rejoindre en Suisse. Nous avions prévu de nous marier.»

Or leurs rêves ont été détruits par la guerre civile qui s'est déclarée en Algérie. Lakhdaria était un des premiers villages pris par les islamistes. «Fatiha a été enlevée. Elle ne portait pas de voile. Elle était probablement trop belle et trop intelligente aux yeux des islamistes.» Un jour, il a reçu un coup de fil dont il se souviendra à jamais. «Ils m'ont dit qu'ils avaient uniquement retrouvé la tête de Fatiha. Elle a été décapitée.» Et d'ajouter: «Mon monde s'est écroulé. C'était une tragédie. Encore aujourd'hui j'ai sa photo près de moi. C'est le fond d'écran de mon téléphone portable. C'est elle que je vois en premier quand je prends mon natel.»

Interpellation rejetée

Mohamed Hamdaoui a fait part de ses souvenirs douloureux dans un but précis. Il prenait ainsi position par rapport à une intervention parlementaire émanant des rangs de l'UDC et demandant la surveillance systématique de tous les imams du canton. Elle avait été déposée l'été dernier après le scandale touchant le prédicateur de la mosquée Ar'Rahman à Bienne, accusé d'avoir tenu des propos haineux lors d'un prêche.

Pour le socialiste Hamdaoui, l'interpellation va trop loin. «J'ai raconté mon histoire pour montrer que j'ai plein de raisons de combattre les islamistes. Mais cela n'empêche qu'il faut respecter les lois et éviter de discriminer les personnes.» Le Grand Conseil était du même avis que lui. Il a estimé qu'une surveillance systématique était bien trop compliquée et a rappelé qu'il n'y avait aucune base légale permettant de régulièrement contrôler les prêches des imams. L'interpellation a finalement été rejetée par 78 voix contre 70.


(ats/ofu)