Suisse

16 mai 2017 18:18; Act: 16.05.2017 18:23 Print

«On s'est battu pour quelque chose de juste»

Une famille afghane qui avait été placée en détention avant son renvoi en Norvège a obtenu gain de cause auprès du Tribunal fédéral. Une cousine raconte que les enfants sont toujours traumatisés après ce qui s'est passé.

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Les parents et leurs quatre enfants (photo) se trouvent actuellement en Norvège et prient pour ne pas être refoulés en Afghanistan, explique leur cousine Mirjam. (Photo: DR)

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«Ils ont été très contents en apprenant la décision du Tribunal fédéral (TF). Pour la première fois, quelqu'un les a écoutés», explique mardi Mirjam Klöti. Interrogée par «20 minutes», la jeune femme domiciliée à Fribourg revient sur une récente décision du TF, concernant six membres de sa famille. La Cour suprême vient, en effet, de reconnaître que la Suisse a manqué à son devoir en séparant le couple marié et leurs quatre enfants en attente de renvoi.

Arrivée dans notre pays en mai 2016, la famille afghane avait vu sa demande d'asile être rejetée dans un premier temps. Le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) avait prononcé dans un deuxième temps leur renvoi en Norvège, où ils avaient déjà demandé l'asile. Le SEM avait fondé sa décision sur les accords de Dublin.

Détention de trois semaines

Mais comme la mère refusait de retourner dans ce pays, par crainte d'être refoulée en Afghanistan, un premier vol retour du couple et de leurs bambins avait échoué. Les autorités zougoises avaient alors ordonné une détention administrative en vue d'une expulsion («détention Dublin»). La mère et son nourrisson, alors âgé de 4 mois, ainsi que le père avaient été placés dans deux lieux de détention distincts, à l'aéroport de Zurich et à Zoug. Quant aux trois enfants âgés à l'époque de 3, 6 et 8 ans, ils avaient été placés en foyer avec la coopération de l'autorité de protection de l'enfant et de l'adulte. La détention de trois semaines était assortie d'une interdiction partielle de contact.

Pour le Tribunal fédéral, cette manière de faire a été «à la limite d'un traitement inhumain et dégradant en vertu de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme». La Cour suprême estime que les autorités zougoises ont violé le droit à la vie privée et familiale selon les dispositions de la CEDH.

«Les parents et les enfants sont suivis par un psychologue»

Mirjam Klöti, qui est la cousine des quatre enfants, explique que, plus de six mois après ce qui s'est passé, la famille est toujours traumatisée: «Les parents et les enfants sont suivis par un psychologue.» Elle espère qu'ils seront dédommagés pour ce qu'ils ont vécu. Depuis son renvoi en Norvège le 25 octobre dernier, la famille se trouve toujours dans le pays scandinave. «Ils prient tous les jours pour ne ne pas être refoulés en Afghanistan», explique Mirjam Klöti.

Et bien que la décision du TF ne soit plus d'actualité pour les parents et leurs quatre enfants, elle servira de précédent à d'autres. Le jugement du Tribunal fédéral a en effet valeur contraignante pour tous les cantons. «Nous nous sommes battus pour quelque chose de juste. Pour nous, il était très important que cette injustice vécue soit reconnue par une haute instance», se réjouit-elle.

(ofu/ats)