Terrorisme

10 décembre 2019 10:15; Act: 10.12.2019 10:15 Print

«Un conseiller fédéral pourrait être visé»

De plus en plus sujets aux menaces, les membres du gouvernement pourraient, à terme, devoir faire appel aux services d'une garde rapprochée 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

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Neuchâtel, été 2014. La photo de Didier Burkhalter, alors président de la Confédération, attendant son train sur le quai de la gare sans garde du corps, avait fait le buzz.

À l'époque, le monde applaudissait un «chef d'état normal», véhiculant l'image d'un pays sûr et respectueux. Mais cette tranquillité dite «typiquement suisse» est-elle toujours d'actualité? Pas vraiment, si l'on en croit la nouvelle stratégie de lutte contre la criminalité 2020-2023. Dans son rapport, le Département fédéral de justice et police (DFJP) souhaite renforcer la sécurité des membres du Conseil fédéral.

En effet, ces dernières années, les membres du gouvernement ont reçu de plus en plus de lettres et d'appels téléphoniques anonymes menaçants, comme l'indique le rapport annuel de l'Office fédéral de la police (Fedpol). Dans 43 cas, celui-ci a jugé la la menace «sérieuse».

La Suisse, «une exception absolue»

«La situation sécuritaire en Suisse est relativement stable, à cet égard, nous sommes une exception absolue», déclare I.W *, un expert en sécurité à 20 Minuten. «En Allemagne ou en France, il est impensable que Merkel ou Macron descendent dans la rue sans leurs gardes du corps.»

Selon lui, le gouvernement devra se mettre au diapason à l'avenir. «Les Conseillers fédéraux ne pourront plus se déplacer aussi librement qu'aujourd'hui», avance-t-il. En clair, ils pourraient bientôt bénéficier d'une protection rapprochée 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Leurs déplacements en voiture ne seraient alors possibles qu'en limousines blindées et leur appartement serait aménagé en conséquence. «Un attentat terroriste peut toujours se produire. Et à un moment donné, un conseiller fédéral pourrait être visé.»

Attention aux conclusions hâtives

De son côté, Jacques Baud, ancien collaborateur du Service de renseignement de la Confédération (SRC), met en garde contre des conclusions hâtives. Selon lui, les attentats de ces dernières années visaient davantage les «citoyens ordinaires» que les politiciens ou les juges. «L'idée que les élus soient une cible de choix correspond à une conception du terrorisme propre aux années 1960 et 1980.»

Cela ne doit toutefois pas signifier qu'il faille prendre ces menaces à la légère. «Il s'agit juste de ne pas tomber dans la paranoïa.» Ainsi, jusqu'à nouvel avis, Ueli Maurer pourra toujours se rendre à vélo au Palais fédéral.

*Nom connu de la rédaction

(dk/szu)