Libération de Max Göldi

02 juin 2010 14:10; Act: 02.06.2010 17:49 Print

«Vous devez être patients, comme nous le sommes»

La présidente de la Confédération Doris Leuthard a ouvert mercredi à Genève la conférence internationale du travail.

Libération de Max Göldi, chômage, contrôle des bonus, place de la Suisse dans le monde. Doris Leuthard évoque les priorités de son mandat de présidente de la Confédération. (Video : 20 minutes online)
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Doris Leuthard a demandé de tirer les leçons de la crise et souhaité «de nouvelles règles pour minimiser les risques».

«Une nouvelle gouvernance mondiale est nécessaire. Le capitalisme financier a atteint de sérieuses limites», a affirmé la responsable du Département fédéral de l'économie (DFE) devant quelque 2000 délégués de plus de 150 pays réunis jusqu'au 18 juin à Genève.

C'est la première fois que le président de la Confédération s'adressait à la conférence annuelle du Bureau international du travail (BIT) depuis Ruth Dreifuss en 1999.

«Ne succombons pas à la tentation de revenir au 'business as usual'», a déclaré Doris Leuthard. «Nous ne serons pas sortis de la crise tant que règnent le chômage et le sous-emploi», a-t-elle averti.

Pour des normes minimales

«Il n'est pas acceptable que certaines entreprises prennent des risques qui mettent l'économie mondiale au bord du gouffre», a affirmé la présidente de la Confédération. «Nous devons réfléchir à élaborer des normes minimales pour la capitalisation afin d'éviter que le citoyen doive passer à la caisse», a-t-elle dit.

«Pour éviter que les marchés financiers et du crédit ne s'affolent au premier souffle de vent contraire, des prescriptions sur le minimum de liquidités seront nécessaires», a poursuivi la conseillère fédérale.

«La crise n'est pas un phénomène passager. Nous devons en tirer les leçons et agir avec responsabilité pour ne pas courir à l'échec. Renonçons à l'immobilisme, à la peur et à la crainte de l'innovation», a déclaré Doris Leuthard aux délégués.

Pas d'accord sur une taxe

«La loi du plus fort ne peut guider la mondialisation», a-t-elle poursuivi en appelant la communauté internationale à plus de coopération et de cohérence. Elle a estimé qu'»il n'est pas nécessaire de réinventer la roue», mais qu'il faut renforcer le respect des normes fondamentales du BIT et promouvoir leur universalité.

Interrogée lors d'une conférence de presse, elle a relevé qu'il n'y a pas d'accord sur le plan international, à ce stade, sur un projet de taxe financière. «Il y a différentes idées, mais aucune proposition acceptable par une large majorité de pays», a relevé la cheffe du DFE. Elle a réaffirmé la volonté du Conseil fédéral de prendre des mesures au niveau suisse.

Doris Leuthard a encore souhaité que les synergies entre organisations internationales soient renforcées et que l'OIT obtienne un statut d'observateur à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Elle a également exprimé la volonté de la Suisse de siéger au conseil d'administration du BIT dès 2011 pour trois ans.

Mise en garde de Juan Somavia

Succédant à la présidente de la Confédération, le directeur général du BIT Juan Somavia a mis en garde contre des réductions trop rapides des déficits publics qui pourraient ralentir, voire stopper la croissance.

«Il n'y a pas de reprise durable sans relance de l'emploi», a affirmé le responsable. Or la nouvelle crise financière et la lutte contre les déficits publics, devenue le mot d'ordre de la zone euro après les déboires de la Grèce, pourraient mettre à mal ce postulat, a averti M. Somavia.

Il a indiqué ne voir aucun signe d'une réduction du chômage sur le plan mondial, après le record de 2009, soit 212 millions de chômeurs dans le monde et un taux de chômage de 6,6%.

«Une réduction prématurée des déficits pourrait ralentir ou stopper la reprise. Ceci augmenterait le chômage et, dans les deux années à venir, pourrait provoquer un élargissement des déficits en raison de la plongée des revenus fiscaux», a expliqué M. Somavia.

Un groupe de manifestants iraniens a bruyamment manifesté dans la salle quelques minutes à l'ouverture des débats en demandant que l'Iran soit exclu du BIT, avant d'être expulsés par la sécurité de l'ONU. L'ex-ministre français Gilles de Robien a été élu à la présidence de la conférence.

(ats)