Risque de suicide en Suisse

14 juillet 2018 07:03; Act: 19.07.2018 13:59 Print

Ados internés d'urgence à cause d'une série Netflix

A Zurich, une quarantaine de jeunes ont été pris en charge en clinique psychiatrique après avoir visionné la série «13 reasons why», qui raconte l'histoire d'une ado mettant fin à ses jours. Des cas similaires sont connus à Genève.

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La très controversée série Netflix «13 reasons why» fait une nouvelle fois parler d'elle. Déjà bien avant son lancement, fin mars 2017, des associations avaient mis en garde les spectateurs contre les possibles effets néfastes de la production. Comme la série aborde un tabou, le suicide d'une ado, nombre d'opposants avaient craint que «13 reasons why» n'augmente le risque de suicide auprès des jeunes.

Des chiffres provenant de la clinique universitaire de Zurich semblent désormais confirmer ces craintes, révèle l'émission «10 vor 10» de la télévision alémanique SRF. Des recherches montrent en effet qu'une quarantaine de jeunes ont dû être internés d'urgence après avoir visionné la production Netflix.

«Certains cas sont réellement effarants»

Dagmar Pauli, médecin-cheffe du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent de la clinique universitaire zurichoise, confirme ces chiffres. «Certains cas sont réellement effarants. Une fille nous a raconté qu'elle ne s'était encore jamais sentie si comprise qu'en regardant la série. Elle a fini par tenter de mettre fin à ses jours.» Et d'ajouter: «Nous nous sommes aussi occupés de plusieurs filles d'une même classe qui se sont retrouvées dans une situation dangereuse à cause de '13 reasons why'. Comme il y avait un risque qu'elles se fassent du mal, elles ont dû être prises en charge d'urgence.»

Ce qui pose particulièrement problème, selon Dagmar Pauli, c'est le fait que Netflix montre de manière détaillée le suicide commis par le personnage principal, Hannah Baker. «Plusieurs études montrent que le taux de suicide augmente lorsque le suicide est glorifié ou mis en scène de manière détaillée dans les médias. Pour Netflix, faire du bénéfice est plus important que la santé des gens.»

«C'est très important et ça peut aider»

Anne Edan, médecin adjointe aux HUG à Genève, a elle aussi un avis critique envers la série. Elle confirme que plusieurs jeunes ont été pris en charge par l'unité de crise Malatavie parce qu'ils risquaient de mettre fin à leurs jours après avoir visionné «13 reasons why». «La série est dangereuse pour les adolescents se trouvant dans une situation instable. Ils ne devraient en aucun cas la regarder seuls.» Or, malgré toutes les critiques négatives, Anne Edan est convaincue que la production Netflix a également un effet préventif: «La série contribue au fait qu'on parle du suicide. Elle permet de voir les conséquences qu'une grosse crise peut avoir. C'est très important et ça peut aider.»

En raison de la polémique que suscite «13 reasons why», Stop Suicide a publié une prise de position sur son site. «Stop Suicide partage les inquiétudes soulevées par plusieurs spécialistes de la prévention. '13 Reasons Why' peut comporter un risque de suicide par imitation auprès d'adolescents vulnérables, dans la mesure où les jeunes en souffrance tendent à s'identifier aux comportements de leurs pairs, surtout s’ils deviennent célèbres.»

«Parler du suicide est un premier pas pour la prévention»

Or, tout comme Anne Edan, l'association reconnaît certains aspects positifs de la production: «Elle permet aux proches, aux parents et aux jeunes eux-mêmes d'ouvrir le dialogue sur le sujet toujours très tabou du suicide. Parler du suicide est un premier pas pour la prévention et peut aider à désamorcer la crise suicidaire.»

Face à toutes ces critiques, Netflix a entre-temps réagi: un petit texte de mise en garde est désormais publié au début de chaque épisode. L'entreprise assure cependant que la série aide les adolescents à parler de thèmes difficiles tels que le suicide. Pour cela, la firme se base sur une étude qu'elle a elle-même mandatée et dont les résultats ont été publiés ce printemps. Des résultats que Dagmar Pauli remet fortement en cause: «C'est scandaleux que Netflix se cite pour se dédouaner. L'étude n'est pas critique parce qu'elle ne pose que des questions positives. Celle sur le risque de suicide n'a pas été prise en compte.»

(chi/ofu)