Suisse

20 février 2019 15:47; Act: 20.02.2019 16:30 Print

Avalanche de glissement, un phénomène nouveau

Alors qu'une avalanche a fait un mort, à Crans-Montana (VS), un spécialiste de l'Institut pour l'étude de la neige et des avalanches explique le phénomène.

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Comme le montre l'avalanche survenue mardi à Crans-Montana (VS), les forces de la nature ne sont jamais totalement maîtrisées. Les avalanches de glissement, un phénomène relativement nouveau, sont difficilement contrôlables pour les responsables.

Une avalanche s'est déclenchée mardi vers 14h15 à Crans-Montana sur une largeur de cent mètres sur la piste «Kandahar», à 2500 mètres d'altitude, provoquant le décès d'au moins une personne. Dans une première évaluation, un expert de l'Institut pour l'étude de la neige et des avalanches (SLF) de Davos évoque une avalanche de glissement.

«Un phénomène plutôt nouveau»

«Il s'agit d'un phénomène plutôt nouveau», a déclaré mercredi à Keystone-ATS Carlo Danioth, responsable pour l'est de la station Andermatt-Sedrun. Ce dernier a une expérience de plus de 20 ans comme responsable des pistes et de la sécurité. Dans les stations de ski, ces professionnels ont la responsabilité de décider quand un domaine est sûr ou non, veillant ainsi à la sécurité des amateurs de sports d'hiver.

«Cela ne fait que six ou sept ans que nous parlons d'avalanches de glissement», note Carlo Danioth, qui explique que le phénomène est précédé d'un sol chaud en automne. S'il neige de manière précoce sur ce sol, l'humidité se retire progressivement de cette couche de neige. D'autres couches de neige, parfois lourdes, viennent ensuite s'y ajouter, créant ainsi une cavité.

«La température plus chaude qui prévaut actuellement accélère encore le glissement de ces couches de neige», explique encore le spécialiste. Albert Hegner, responsable de la sécurité des pistes de Saas-Fee (VS), confirme que ces avalanches glissantes sont plus difficiles à maîtriser et à miner que les avalanches normales.

Expérience et observation

Dans cette profession, l'expérience est très importante, souligne Albert Hegner. Une observation permanente des conditions météorologiques, de l'enneigement et de l'évolution à long terme de l'hiver sont indispensables.

Il faut également être présent en permanence et examiner à quel point la neige est mouillée et stable. L'ensoleillement et la neige fraîche ont la plus grande influence sur le déclenchement des avalanches.

Les critères pour décider de la fermeture d'une piste sont nombreux, comme par exemple la quantité de neige ou les températures, confirme à Keystone-ATS Jean-Christophe Genoud, responsable sécurité du domaine Grimentz-Zinal. «Les différents minages réalisés pendant la journée nous permettent également de prendre une décision».

Il est très difficile de prévoir à l'avance si une avalanche peut se déclencher en raison du soleil ou de la chaleur, poursuit Christophe Genoud. «Préventivement, nous avons commencé à faire du minage de printemps pour voir comment réagit le manteau neigeux».

Le bulletin d'avalanches du SLF peut aider les responsables des pistes. «La situation peut toutefois énormément varier en fonction de l'inclinaison du terrain, de l'ensoleillement ou des conditions météorologiques», précise Albert Hegner.

«Gueules de poissons»

L'observation de la couverture de neige est particulièrement importante, note Carlo Danioth. Les «gueules de poissons», soit des fissures dans le manteau neigeux, sont alarmantes. Celles-ci doivent être observées, mais peuvent également être recouvertes de neige et donc ne poser aucun problème. Un trou est creusé dans la neige afin de voir comment les couches se développent.

Dès le début de l'hiver, les responsables essaient de miner les pentes ou d'enlever la neige autour des pistes afin qu'elle ne devienne pas un danger au cours de l'hiver. Le danger d'avalanche est plus marqué avec de la neige fraîche et des vents forts, précise encore Carlo Danioth.

«Immense responsabilité»

Au printemps, lorsque les températures sont plus élevées, le risque d'avalanches de glissement ou d'avalanches de neige mouillée augmente. A Saas-Fee, certaines pistes seront ainsi fermées au printemps.

Une «immense responsabilité» pèse sur les épaules de ceux, qui doivent décider de l'ouverture du domaine, souligne encore Albert Hegner. Si une partie ou l'ensemble du domaine skiable doit être fermé, les touristes ou même la direction peuvent mal réagir.

Au final, «un risque d'avalanche nul n'existe qu'en l'absence de neige», conclut Albert Hegner. Un risque résiduel existera toujours, «car on ne peut pas maîtriser les forces de la nature».

(nxp/ats)