Norvège

16 janvier 2020 12:07; Act: 16.01.2020 20:29 Print

BKW: une ONG porte plainte pour un projet éolien

La Société pour les peuples menacés reproche à l'opérateur bernois BKW de mettre en danger le mode de vie d'un peuple autochtone, les Samis du sud.

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Des populations autochtones protestent en Norvègue contre des parcs éoliens. (Photo: Keystone)

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La Société pour les peuples menacés (SPM) a déposé une plainte auprès de l'OCDE contre l'énergéticien BKW, estimant qu'un projet éolien auquel participe le groupe bernois en Norvège menace les droits d'un peuple autochtone, les Samis du Sud.

«BKW s'étant montrée fermée à la négociation jusqu'ici, la SPM a décidé de déposer aujourd'hui une plainte auprès du Point de contact national (PCN) pour les principes directeurs de l'OCDE sur les multinationales», a indiqué SPM jeudi.

L'énergéticien bernois fait partie du consortium d'investisseurs Nordic Wind Power, auquel Credit Suisse participe également. Ce consortium détient 40% du parc Fosen Vind, plus important projet éolien sur terre ferme sur le continent européen. L'Etat norvégien possède de son côté 52%.

Le projet, dans l'ouest de la Norvège, prévoit le raccordement au réseau de six parcs éoliens d'ici cette année, pour une production annuelle d'électricité estimée à 3400 GWh. L'investissement total est devisé à 1,1 milliard d'euros (1,2 milliard de francs).

La construction du plus grand parc, celui de Storheia, a été achevée à l'automne 2019, malgré les protestations des organisations samies et environnementales ainsi que des plaintes en cours, s'est insurgé l'ONG.

Les Samis du Sud menacés

«Le parc éolien menace nos élevages de rennes et donc notre culture», a indiqué un représentant de la communauté des Samis du Sud, Arvid Jama, cité dans un communiqué de l'ONG bernoise.

Selon ce dernier, le projet éolien a détruit une grande partie des pâturages d'hiver destinés aux rennes. Interpellés sur ce sujet, les sociétés concernées n'ont pas réagi, a ajouté M. Jama.

«En décembre 2018, le Comité de l'ONU pour l'élimination de la discrimination raciale (CERD) a demandé à l'Etat norvégien de stopper le projet de construction», rappelle la SPM. «Cette demande a été ignorée».

Interpellé, le canton de Berne, qui détient 52,54% de BKW, ne considère pas devoir intervenir, dans la mesure où BKW a respecté la législation norvégienne.

Mais l'ONG estime qu'il faut agir: «si les plaintes des communautés samies du Sud concernées aboutissent, cela représente non seulement un coup à la réputation mais aussi des risques financiers». Le canton de Berne pourrait aussi en subir les répercussions.

Avec sa plainte, la SPM espère entre autres que BKW «respecte les droits territoriaux des communautés autochtones lors de futurs projets».

Pas de procédure en Suisse

Interrogée par AWP, BKW a indiqué dans un courriel ne pas avoir changé de point de vue sur ce projet mais être «ouverte au dialogue» avec les ONG et toute personne impactée par ce chantier.

Les autorités suisses n'ayant pas encore lancé de procédure, BKW a dit «attendre la prise de contact par le Seco».

En tant que membre de l'OCDE, la Suisse est tenue d'aménager un PCN, qui sert de lieu d'accueil de questions et de plaintes pour quiconque découvre des violations aux droits humains. Le fonctionnement de ces PCN diffère entre les pays. En Suisse, cette structure n'a aucune compétence d'instruction lors du déroulement d'une enquête, mais vise plutôt à favoriser le dialogue entre les parties.

(nxp/ats)