Libre circulation

17 août 2015 20:23; Act: 17.08.2015 20:43 Print

Berlin pour un accord entre Berne et Bruxelles

L'Allemagne a plaidé lundi pour un accord entre l'UE et la Suisse sur la libre circulation, pierre d'achoppement entre Berne et Bruxelles depuis le référendum «contre l'immigration de masse».

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«On ne peut présumer à ce stade de l'issue des discussions entre la Suisse et l'UE sur la libre circulation», a affirmé lundi Frank-Walter Steinmeier à Berne. Espérant une solution à titre personnel, il a évoqué les autres dossiers brûlants du continent. La question de la clause de sauvegarde est prématurée, a-t-il dit.

«Les relations avec la Suisse sont importantes pour moi et j'espère qu'un accord sera trouvé», a déclaré d'emblée le ministre allemand des affaires étrangères, en Suisse pour deux jours à l'invitation du conseiller fédéral Didier Burkhalter. «Mais les discussions doivent d'abord se tenir», a-t-il dit, ajoutant qu'une solution ne tomberait pas «en une nuit».

Interrogé sur la possibilité pour la Suisse d'invoquer une clause de sauvegarde pour réduire l'immigration, il a estimé qu'on ne pouvait répondre à cette question à ce stade.

Intégrer les pays voisins

«Les discussions montreront s'il y a quelque chose à négocier», a déclaré pour sa part Didier Burkhalter. La Suisse ne veut pas discuter avec l'Union européenne (UE) du principe même de la libre circulation, mais uniquement de ses modalités d'application, a-t-il expliqué.

Le chef du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) souhaite intégrer les pays voisins dans ce dialogue et mener des discussions parallèles sur les autres dossiers bilatéraux pour parvenir à une solution globale.

Berne entend intensifier les contacts avec Berlin dans ce cadre, a précisé M. Burkhalter. L'occasion s'en présentera notamment lors de la visite de travail en Suisse de la chancelière allemande Angela Merkel le 3 septembre prochain.

Projets de médiations communs

Se félicitant de l'excellence des relations entre leurs pays respectifs, les deux hommes ont par ailleurs souhaité intensifier la collaboration pour contribuer à résoudre les grandes crises internationales du moment.

M. Burkhalter a évoqué des projets de médiations communs. Il a insisté sur la possibilité de «faire plus», notamment concernant la Palestine, la Tunisie, la Syrie et la Libye. Ou une initiative suisse pour un meilleur respect du droit international humanitaire, en lien avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

M. Burkhalter avait ouvert peu avant la Conférence des ambassadeurs 2015 en plaidant pour «une politique étrangère innovante basée sur le dialogue et la proximité citoyenne pour le bien de la Suisse, l'Europe et d'un monde plus pacifique».

Tagliavini honorée

Cette ouverture a eu lieu en présence de M. Steinmeier, qui a salué l'opportunité d'échanger avec des diplomates helvétiques. Il s'est en outre félicité que la Suisse ait rendu une capacité d'action à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

«Nous devons nous demander comment la rendre plus efficace encore», notamment sur le dossier ukrainien a-t-il dit. L'Allemagne présidera l'an prochain , après la Suisse et la Serbie.

Il s'agit en particulier d'éviter une nouvelle escalade, de faire en sorte que l'accord de Minsk soit respecté et les armes lourdes retirées de la zone de conflit, et de travailler à une solution politique.

Dans ce contexte, le ministre allemand a tenu à rendre honneur à la diplomate suisse Heidi Tagliavini, notamment pour ses efforts de médiatrice en Ukraine. Il lui a remis lundi la grande Croix du mérite allemande (avec étoile).

Réfugiés

L'afflux de réfugiés en Europe a aussi figuré en bonne place des échanges. «Nous devons expliquer à nos populations que cette situation ne va pas changer en une nuit», a estimé à cet égard M. Steinmeier.

Il convient aussi de déterminer «qui est le plus menacé» et de désigner les migrants qui n'ont aucune chance d'être reconnus comme réfugiés. «Déclarer les Balkans comme une zone sûre ne doit pas être un tabou», a-t-il déclaré, relevant que 40% des migrants dans son pays provenaient de cette région.

Interrogé sur une «limite supérieure» à l'acceptation des réfugiés dans son pays, il a répondu qu'il n'y en avait pas, la loi allemande étant ce qu'elle est. Mais il a évoqué à titre personnel la nécessité d'une «loi moderne» concernant l'immigration.

(ats)