Otages suisses en Libye

06 mars 2011 09:38; Act: 06.03.2011 18:46 Print

Calmy-Rey souhaite que la justice agisse

Micheline Calmy-Rey appelle la justice helvétique à intenter une action contre le régime de Kadhafi pour l'enlèvement de Max Göldi et Rachid Hamdani.

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Micheline Calmy-Rey: «Aujourd'hui, nous sommes à nouveau libres de nos gestes». (Photo: Keystone)

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«Je pourrais m'imaginer que l'on mette en route en Suisse une procédure pénale pour éclaircir les circonstances de l'enlèvement de Max Göldi et de Rachid Hamdani à l'automne 2009 et amener les coupables devant un juge», a déclaré la présidente de la Confédération dans une interview aux hebdomadaires «Sonntag» et «NZZ am Sonntag».

«La situation a fondamentalement changé pour nous: les deux otages sont de retour chez eux, l'ambassade de Suisse à Tripoli est fermée et ne peut plus être attaquée, comme c'est déjà arrivé. Aujourd'hui, nous sommes à nouveau libres de nos gestes», a dit la cheffe de la diplomatie helvétique.


Mesure saluée par Hamdani

L'ancien otage Rachid Hamdani s'est dit «soulagé» dimanche sur les ondes de la Radio Suisse Romande (RSR) par les déclarations de la présidente de la Confédération. Il a souhaité que l'«injustice» qu'il a subie avec Max Göldi soit reconnue et a aussi dit sa disposition à se porter partie civile.

Dans un entretien accordé à la Télévision Suisse Romande (TSR), Mme Calmy-Rey estime par ailleurs que la répression de l'insurrection libyenne par le régime de Mouammar Kadhafi constituait «un crime contre l'humanité». La place du dirigeant libyen «est à La Haye», devant la Cour pénale internationale (CPI), ajoute-t-elle aussi.

La Suisse a déjà pris une série de mesures, a souligné Mme Calmy- Rey dans la presse alémanique. Berne a suspendu le tribunal arbitral qui devait se pencher sur l'»affaire Kadhafi», bloqué les avoirs du dirigeant libyen en Suisse et accordé son soutien à ces gens «courageux, qui descendent dans la rue pour défendre les droits humains et la démocratie».

De plus, la Suisse soutient la mission du Conseil des droits de l'homme de l'ONU qui doit enquêter sur les crimes contre la population civile sur place. «Nous devrions aussi nous défendre maintenant contre ce qui a été fait aux deux Suisses», a ajouté la conseillère fédérale.


Cinquante-trois jours au secret

En représailles à l'arrestation d'un des fils de Mouammar Kadhafi à Genève en 2008, Max Göldi et Rachid Hamdani avaient été retenus en Libye pendant presque deux ans. M. Hamdani a pu quitter la Libye en février 2010, alors que M. Göldi a dû purger quatre mois dans une prison libyenne avant de pouvoir rentrer en Suisse le 14 juin 2010.

Les deux hommes d'affaires avaient été attirés hors de l'ambassade de Suisse à Tripoli en septembre 2009 pour être emmenés dans un lieu tenu secret. Ils y ont été retenus séparément pendant 53 jours.

Micheline Calmy-Rey avait déjà évoqué la possibilité d'une procédure contre la Libye pour enlèvement en juin 2010, quelques jours après la libération de Max Göldi.


Plainte pendante

Une telle procédure est déjà en cours, a rappelé dimanche à l'ATS le président du Mouvement Citoyens Genevois (MCG) Eric Stauffer, qui avait porté plainte en juin 2010 contre Hannibal et Mouammar Kadhafi pour prise d'otages avec demande de rançon, menaces et chantage. M. Stauffer avait saisi le Ministère public de la Confédération (MPC) et la justice genevoise. La plainte est toujours pendante, a-t-il précisé.

Dans un communiqué, le MCG juge «paradoxal» que Micheline Calmy- Rey ne fasse pas stopper les poursuites entamées par le MPC contre Eric Stauffer pour outrage à chef d'Etat étranger à cause des affiches de son parti associant Kadhafi aux criminels étrangers. Le parti dénonce le fait qu'un «despote sanguinaire» ait «obtenu des appuis inacceptables pendant trop longtemps de la part des autorités suisses».

(ats)