Suisse

27 février 2019 10:08; Act: 27.02.2019 10:59 Print

Ce que Doris Leuthard va toucher avec Bell et Coop

par Christine Talos - L'ex-conseillère fédérale va entrer aux conseils d'administration des deux entreprises et sera donc rémunérée. Son choix suscite bien des commentaires.

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L'arrivée de Doris Leuthard chez Coop pose problème à beaucoup de monde. (Photo: Keystone)

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L'ex-conseillère fédérale Doris Leuthard devrait faire son entrée chez Bell et Coop, où elle a été désignée pour siéger aux conseils d'administration des deux sociétés, a-t-on appris mardi. Le groupe bâlois a évoqué une «personnalité expérimentée et bien connectée au niveau national et international», sans évoquer ce qu'elle allait toucher comme salaire. C'est la ««Handelszeitung»»qui s'en est chargée. Elle a dévoilé que les deux mandats allaient rapporter à l'Argovienne quelque 100'000 francs chacun, soit 200'000 francs.

Ce total permettra donc à Doris Leuthard de continuer de percevoir sa rente d'ancienne conseillère fédérale fixée à 226'000 francs. En effet, selon un règlement de la Confédération, les magistrats bénéficient d'une retraite complète équivalant à la moitié du traitement d'un magistrat en fonction qui est de 451'417 francs au 1er janvier 2019. Mais si un ancien ministre poursuit une activité lucrative, sa retraite est réduite de manière que son nouveau salaire et sa rente cumulés ne dépassent pas la rémunération d'un conseiller fédéral en fonction.

La presse critique

Au-delà de son salaire, le choix de ces conseils d'administration interpelle la presse. Ainsi le ««Tages-Anzeiger»» évoque mercredi de possibles conflits d'intérêts. «Coop est tributaire d'une infrastructure opérationnelle, que ce soit dans le domaine des transports ou de l'énergie. Et les normes environnementales sont cruciales pour les grands distributeurs», écrit-il.

Or Doris Leuthard connaît personnellement les dossiers et les acteurs et possède un vaste réseau dans les cantons, que ce soit en termes d'entreprises et de politiciens, poursuit-il. En outre, elle dispose d'un excellent réseau international et peut attirer l'attention des grands distributeurs sur les développements et les normes dans le domaine de l'environnement ou du libre-échange.

Conflit d'intérêts

Au-delà des avantages que pourrait apporter l'ancienne conseillère fédérale à Coop, le «Tages-Anzeiger» évoque surtout un conflit d'intérêts avec Hansueli Loosli, le patron du groupe et également président du conseil d'administration de Swisscom. À ce titre, sa ministre de tutelle était donc Doris Leuthard. Et le patron de Coop était aussi le plus proche allié de l'Argovienne, souligne le journal. Un conflit d'intérêts qu'a également relevé la conseillère nationale Susanne Leutenegger Oberholzer (PS/BL) qui a même tweeté à ce sujet.

Mais pour le sénateur Robert Cramer (Verts/GE), «s'il y a conflit d'intérêts, c'est pour Hansueli Loosli lui-même», indique-t-il dans «Le Temps» mercredi. Doris Leuthard chez Coop ne le dérange pas. «Il s'agit d'une coopérative, qui ressemble plus à Pro Senectute qu'à une société à but clairement lucratif avec des rémunérations élevées. Elle va plutôt rendre service en apportant ses compétences», estime-t-il.

Destin peu glorieux

Benoît Genecand, dans «La Liberté», prend lui aussi la défense de Doris Leuthard. «Lui demander à 55 ans de rester inactive, ce serait du gâchis. Et il y a tellement peu de femmes dans les conseils d'administration que ça me paraît plutôt être une bonne nouvelle.»

«La Liberté» souligne quand même dans un commentaire que ce soupçon de copinage est gênant et se demande si Doris Leuthard aurait perdu son fameux nez politique. Le journal regrette surtout ce choix, tant la ministre à la retraite pouvait «espérer un destin plus glorieux que d'aller user ses tailleurs dans un fauteuil d'administrateur pour un job tout ce qu'il y a de plus alimentaire.»

Les Suisses critiques également

Et qu'en pensent les Suisses? Les journaux alémaniques du groupe Tamedia ont interrogé leurs lecteurs. Mardi en fin de journée, la moitié d'entre eux estimaient inacceptable le fait qu'un ancien conseiller fédéral se lance dans les affaires, relève notamment la «Basler Zeitung». Près de 19% estimaient délicat ce rapprochement entre commerce de détail et politique. Seuls 32,5% des sondés jugeaient que l'arrivée de l'ancienne ministre chez Coop était une bonne chose.

(nxp)

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Les commentaires les plus populaires

  • MOI MOI le 27.02.2019 10:58 Report dénoncer ce commentaire

    POGNON

    L e problème n'est pas dans la fonction mais dans l'accumulation de revenus. Dans ce cas pourquoi nos impôts partent encore dans le porte monnaie de notre chère Doris ? la rente ne devrait-elle pas être mis en pause le temps que notre Doris bien aimée occupe ces postes, car le cumul des deux est égale à la totalité de son droit. Pourquoi touche t'elle encore la moitié de son droit ? On ne sais pas mystère de l'amour que les suisses ont pour les gens qui ont déjà trop d'argent.

  • ecoeuree le 27.02.2019 10:59 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    triste

    un scandale quand les gens a l AVS se sens sorte pas c est pas normal

  • Kaya M le 27.02.2019 11:04 Report dénoncer ce commentaire

    Mme Leuthard qui ne changera donc jamais

    Quelle rigolade : c'est la même qui a fait baisser les indemnités chômage et réduire le nombre de jours yc pour les seniors en 2008 et qui disait en 2007 à l'EPFL qu'elle voulait 1 million de bachelors pour la Suisse à l'horizon 2020 car hors de ce système cela n'avait pas de valeur (j'y étais : et vous savez combien d'étudiants étaient présents dans l'auditoire ? moins de 10....) Le regretté Bürki l'avait si bien cernée...

Les derniers commentaires

  • Gérard Gillioz le 28.02.2019 23:19 Report dénoncer ce commentaire

    M.

    Elle me fait pitié!!!!,

  • zigouille le 28.02.2019 13:32 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    lamentable

    Bien des conseillères et Conseillers fédéraux touchent cette retraite dorée après nous avoir roulé dans la farine ! Tu fais quatre ans au CF et tu touches une rente immediate de plus de fr. 20'000.--, ça vaut le coup ! Pourquoi pas comme le simple péquin à savoir tu arrêtes de bosser mais tu touches ta rente ou retraite à l'âge fixé par la loi !

  • Daniel le 28.02.2019 09:10 Report dénoncer ce commentaire

    Rien de choquant

    Cela fait des lustres que la caste des politiques se préoccupent plus des intérêts du grand Capital que ceux de l'intérêt général. Or, avec cette ligne de conduite qui s'apparente à un manager financier d'une multinationale dont les activités visent à satisfaire l'actionnariat, les intérêts des CEO/CFO/CA au détriment de la masse des travailleurs, sans compter l'échec de ce genre de stratégie à moyen/long terme, tant pour la valorisation intrinsèque de l'entreprise que pour la détérioration du tissu social de l'entreprise, faut-il être étonné que nos politiques empruntent le même chemin? Non.

  • frank le 28.02.2019 09:02 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Fric, frac

    Après avoir fait une politique de gauche, la voilà qui vire à droite

  • Venus le 28.02.2019 06:11 Report dénoncer ce commentaire

    tempête du siècle

    leuthard,... ce non sonne bien avec lothar