Suisse

07 juillet 2014 10:42; Act: 07.07.2014 15:48 Print

Chirurgien sous enquête pour une photo

Un médecin s'est laissé immortaliser en salle d'opération. Il a ensuite utilisé le cliché en tant qu'image de profil sur WhatsApp. Son employeur a ouvert une enquête.

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Bloc opératoire de l'hôpital d'Olten (SO). L'horloge indique 14h47. Un chirurgien pose, les bras en l'air, ses vêtements de travail couverts de sang. Derrière lui, on devine un patient qui reçoit des soins. Le médecin charge ensuite le cliché sur son profil WhatsApp et l'utilise pendant plusieurs jours comme image de profil. Tous ses contacts qui se servent de la même application ont donc pu la voir, révèle lundi le «Tages-Anzeiger».

Un médecin a-t-il le droit de se faire photographier en plein travail? A-t-il le droit de partager l'image? Le patient peut-il se plaindre d'avoir été pris en photo? Le chirurgien n'a pas répondu aux questions du quotidien zurichois. L'hôpital d'Olten, lui, déclare avoir ouvert une enquête interne: «Cette photo est inacceptable», lance Oliver Schneider, des Hôpitaux soleurois SA. Ce qui dérange le plus, c'est que la «dignité du patient» n'a pas été respectée et que l'image de l'hôpital en prend un coup. «La population ne doit pas croire que les salles d'opération sont un cirque», poursuit Oliver Schneider. Selon la RTS, le chirurgien pourra toutefois conserver son travail.

Une question d'éducation

L'histoire n'est pas sans rappeler le cas du chirurgien valaisan qui avait défrayé la chronique pour avoir opéré en regardant un match de football. Un «scandale» qui l'avait poussé à démissionner. La question qui se pose, c'est de savoir quels comportements sont tolérés ou pas dans les salles d'opération. Margrit Kessler, conseillère nationale (Vert'lib/SG) et présidente de l'Organisation suisse des patients, juge que ce type de photo n'est pas tolérable, mais, en même temps, souligne que les chirurgiens restent des êtres humains. «Le comportement dans un bloc relève surtout du bon sens et de l'éducation», explique-t-elle. Mais parfois, la frontière est mince, comme dans le cas où des médecins écoutent de la musique en travaillant. «Le risque, c'est de déconcentrer les collègues.»

La Fédération des médecins suisses (FMH) ne veut pas se prononcer sur ce cas précis. Elle se réfère toutefois aux principes éthiques de la profession, qui insistent sur le respect de la dignité du patient. Tanja Krones, responsable de l'éthique à l'hôpital cantonal de Zurich, essaie tout de même de comprendre son collègue soleurois: «La routine est la pire ennemie du médecin. Je ne veux pas excuser l'attitude de mon confrère, mais quand on passe des heures en salle d'opération, on peut parfois se déconnecter de la réalité pendant quelques secondes. Mais l'idéal, c'est de rester concentré.»

(dmz)