Suisse

26 février 2019 11:07; Act: 26.02.2019 11:22 Print

Conflit au Yémen: Pilatus plus impliqué qu'imaginé

par Christine Talos - Les liens du groupe d'aviation avec la coalition menée par l'Arabie saoudite au Yémen sont bien plus importants que ce que l'on supposait, révèle un document

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Pilatus fournit de nombreux supports aux pays de la coalition en guerre au Yémen. (Photo: Keystone)

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Le groupe d'aviation suisse Pilatus est bien plus impliqué que ce que l'on pensait jusqu'ici dans le conflit qui fait rage au Yémen. Selon le «Tages-Anzeiger», l'avionneur soutient non seulement les forces aériennes saoudiennes, mais également celles du Qatar, de la Jordanie et des Emirats arabes unis. Ces trois pays font ou faisaient tous partie de la coalition menée par l'Arabie saoudite et qui soutient le gouvernement en exil contre les rebelles Houthis appuyés eux par l'Iran.

Le conflit a déjà fait plus de 10'000 victimes, selon l'ONU, et près des deux tiers des décès sont attribués à la coalition, en raison de frappes aériennes notamment. En outre près de 25 millions de personnes, soit 80% de la population, ont désormais besoin d'aide et 10 millions sont au bord de la famine.

Vols d'entraînement et simulateurs

Selon le Tages-Anzeiger, qui cite un document auquel il a pu avoir accès, Pilatus mettrait sur place à disposition non seulement des collaborateurs mais aussi des supports pour des vols d'entraînement ainsi que des simulateurs de vols.

Le Département fédéral des affaires étrangères n'a en outre été mis au courant que tardivement, soit fin octobre 2018, relève le journal, donc après les révélations par la presse sur les contrats controversés de Pilatus dans la région. Depuis, Berne aurait lancé quatre procédure d'audit dans les pays concernés pour clarifier la légalité de ces services.

Sommet à Genève sur le Yémen

Ces nouvelles révélations tombent mal pour la Suisse humanitaire. C'est en effet ce mardi que le monde se réunit à Genève à l'invitation de la Suisse, de l'ONU et de la Suède pour aider le Yémen. L'ONU doit réclamer une aide de 4,6 milliards de dollars et Simonetta Sommaruga y a annoncé une participation de Berne à hauteur de 13,5 millions de francs en 2018 et 54 millions sur 4 ans.

Cette incohérence fait bondir le conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE). «Il est inacceptable que la Suisse tente d'atténuer la catastrophe humanitaire au Yémen par une aide financière, alors que notre industrie de l'armement gagne de l'argent grâce à la destruction de ce pays», tempête-t-il dans le Tagi. Il s'en prend aussi aux autorités: «la question est de savoir si la Confédération travaille vraiment sérieusement dans ce dossier», lance-t-il. Il ne peut en effet pas imaginer que les ambassades suisses dans la région n'aient pas été au courant des engagements de Pilatus. «Pourquoi n'ont-elles pas dès lors informé Berne», questionne-t-il.

Amnesty voit rouge également. Pour l'organisation de défense des droits humains, il est extrêmement problématique que les pilotes de combat d'Arabie saoudite et des Émirats arabes soient entraînés sur des avions d'entraînement et des simulateurs de vol suisses, déclare Patrick Walder. Il y voit un risque élevé que Pilatus contribue à la poursuite des attaques aériennes et à la perpétration d'éventuels crimes de guerre au Yémen.

(nxp)