Déportation des gays

14 février 2011 18:11; Act: 14.02.2011 19:07 Print

Dernière victime homo du nazisme en visite

par Raphaël Pomey - A Genève, l’association Dialogai reçoit l’ultime survivant connu de la déportation des «triangles roses». Un dossier très sensible.

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Le survivant Rudolf Brazda et son biographe Jean-Luc Schwab. (Photo: DR)

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«Se souvenir pour refuser l’oubli». C’est le nom d’une exposition qui se tiendra du 26 février au 12 mars dans les locaux de Dialogai, à Genève. Réalisée par l’association «Les oublié-e-s de la mémoire», elle veut faire connaître une histoire longtemps restée taboue: la déportation des gays sous le nazisme. Ultime survivant de cette catégorie de victimes, Rudolf Brazda, né en 1913, est attendu au vernissage.

Un sujet longtemps resté tabou

«Les premières tentatives de sensibiliser les associations de déportés à ce thème ont eu lieu au début des années 1990», explique Guillaume Mandicourt, de Dialogai. Mais c’est seulement dans les années 2000 que le drame des «triangles roses» (signe désignant les homosexuels dans les camps) a commencé à être reconnu, note le responsable.

Une commémoration qui crée le malaise

La commémoration de leur déportation n’en crée pas moins un certain malaise. En cause, des débats historiques sur le statut des homos dans les camps et la tentation de mettre le sort de ces victimes au même niveau que celui des juifs ou des tziganes, dont l’extermination se voulait systématique. En France, toutefois, les gays ont obtenu récemment de pouvoir défiler avec les autres représentants de victimes, souligne l’historien Thierry Delessert. Il rappelle qu’à leur sortie des camps, les ex-«triangles roses» n’étaient pas encouragés à parler de leur expérience, et toujours vus comme des parias. De son côté, l’organisation de lutte contre l’antisémitisme CICAD salue la tenue de l’exposition et souligne que certains de ses propres documents éclairent aussi la question de la déportation homosexuelle.