Saint-Gall

21 novembre 2016 12:22; Act: 21.11.2016 19:01 Print

Enfant trop gâté pour une scolarité normale

Le Tribunal fédéral estime que l'éducation qu'a reçue Marko, un petit Saint-gallois de 7 ans, ne lui permet pas d'aller à l'école comme les autres enfants.

Une faute?

Marko a 7 ans. Depuis la dernière rentrée, ce petit Saint-Gallois est placé dans une école spécialisée. Selon les psychologues scolaires, il présente des «retards de développement» qui l'empêchent de s'adapter aux exigences d'une scolarité ordinaire.

Sa maladresse avec un crayon dans la main, ses difficultés à monter des escaliers seul sans chuter et ses problèmes de sociabilisation avec les autres enfants sont dus, disent-ils à un souci de surprotection qui l'ont empêché d'acquérir les compétences de base à une admission dans une école publique.

«Une enfance normale»

Les parents de Marko sont scandalisés par cette décision, rapportait dimanche la «SonntagsZeitung». Ils ont porté l'affaire devant le Tribunal fédéral. Son père rejette toutes les conclusions des psys.

Son fils, explique-t-il, a eu une «enfance normale», pendant laquelle il jouait dehors, suivait des cours de karaté et de football et était en contact régulier avec d'autres enfants. Il est faux de dire, poursuit-il, qu'il ne sait pas tenir un crayon ou monter des escaliers.

«Nous avons peur que ce placement en école spécialisée n'hypothèque son avenir», s'émeut le papa. Mais ses arguments n'ont pas fait mouche. Il y a peu, la plus haute Cour du pays a confirmé le placement en établissement spécialisé. Le cas va être porté devant la Cour européenne des droits de l'homme, à Strasbourg.

Parents presque trop impliqués

Le dominical souligne le «paradoxe» de la société moderne: jamais les parents ne se sont autant impliqués dans l'éducation des enfants, pourtant, les cabinets de pédopsychologues ne désemplissent pas. «Les enfants surprotégés, analyse le thérapeute Jesper Jull, sont tout aussi malades que ceux qui sont abandonnés.»

Jürg Frick, chercheur en Sciences de l'éducation à l'Université de Zurich, note pour sa part «une augmentation des enfants dont on s'occupe trop.» Il cite des cas de parents qui envoient leur enfant avec trois en-cas au jardin d'enfants, car ils n'arrivent pas à se décider.

D'autres font leurs devoirs à leur place ou prennent toujours le parti de leur progéniture en cas de problème. Il relève encore que certaines écoles ont dû prendre des mesures pour éviter que les parents ne les accompagnent jusqu'en classe.

Et il n'y a pas que l'argent ou les cadeaux qui peuvent «pourrir» un enfant. Quand on le submerge de tendresse et de sécurité, qu'on surveille chacun de ses pas avec anxiété et qu'on lui épargne tous les tracas de la vie, on le prive de connaissances indispensables, comme la tolérance à la frustration ou la persévérance.

Un ange à la maison, un démon à l'école

Une analyse partagée par le psychologue Allan Guggenbühl. Selon lui, beaucoup de parents oublient leur rôle de poseur de limite pour devenir des «fournisseurs de service». «Ils croient qu'ils doivent fournir à leur enfant transport et divertissement après l'école, de manière à ce qu'ils ne s'ennuient jamais», estime-t-il. Sauf que les parents trop concernés bloquent la marche de leurs enfants vers l'indépendance. «Ils se mêlent trop de leurs vies. De nombreuses compétences s'acquièrent lorsque les enfants évoluent librement», martèle-t-il.

Et les problèmes se répercutent sur la scolarité. «On ne compte plus le nombre d'enseignantes au jardin d'enfants qui doivent encore lacer les souliers de leurs élèves, car c'est leur mère qui s'en occupe», souligne Jürg Frick. Certains enfants, qui sont adorables à la maison, deviennent par ailleurs ingérables en milieu scolaire. Avec le risque que, plus tard, ils soient incapables de supporter l'autorité de leurs chefs et de développer des comportements égocentriques qui rendront leur vie professionnelle et sociale difficile, conclut le pédagogue.

(dmz)

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Les commentaires les plus populaires

  • Oui-oui le 21.11.2016 12:36 Report dénoncer ce commentaire

    Eh oui !

    C'est exactement ça. L'article à tout juste. Mais ce cas en soi n'est malheureusement vraiment plus une exception. Quasiment dans chaque classe il y a un élève comme ça. Je le sais car j'ai 24 classes différentes chaque année.

  • Mariejo le 21.11.2016 12:47 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Parents qui veulent la paix

    C'est juste,ces enfants sont surprotégés petits,pas de limites,ils peuvent taper des pieds.et ils plient à chaque caprices. Deux claques de temps en temps,ne leurs feraient pas de mal? Après ils ne peuvent pas comprendre que la vie ce n'est pas cela. Les parents sont inconscients qu'ils ne leur rendent pas service en se comportants comme des Bisounours

  • Roger D. le 21.11.2016 12:41 Report dénoncer ce commentaire

    Notre rôle

    Le rôle de parents... pas de manuel, pas de cours... on leur apprends la vie sur nos croyances, notre éducations en essayant au mieux de corriger les "erreurs" qu'aurait pu faire nos parents ou pas...Il s'agit de la chair de notre chair, bien sûr qu'on veut les protéger et bien faire, mais oui ils doivent aussi apprendre les règles, à devenir autonome et se sociabilisé... et c'est là toute la difficulté du quand et comment...ABE

Les derniers commentaires

  • kasy le 23.11.2016 06:43 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    quel époque!

    A mon époque, il y avait aussi plus d'enseignants dont c'était une vocation! Maintenant les enseignants veulent avoir un salaire mais sans travailler et avoir les vacances scolaires car il faut pas me faire croire que pendant les 2 mois d'été ils bossent durant tout ce temps! De nos jours un enfant trop calme c'est pas normal, un enfant considéré comme turbulant c'est pas normal. Du coup c'est quoi être normal??????? il faut être tous des robots programmé de la même façon?!?!

  • Lucie le 22.11.2016 07:47 Report dénoncer ce commentaire

    Ecole "normale"

    C'est marrant parce que la maman aurait porté plainte tôt ou tard parce qu'on lançait des cailloux sur son enfant à la récré alors qu'il aurait été à l'école "normale"... faut pas rêver, les élèves sont sans pitié entre eux !

  • Alegna le 22.11.2016 01:53 Report dénoncer ce commentaire

    Hors case loin!

    Du moment qu'un enfant n'est pas dans la norme,il est hors case, ni vu ni connu, tout le patatra s'en mêle, pour dire que cet endroit(institution spécialisée)est bien meilleur que l'école publique.Bien entendu,l'important c'est que l'on n'en soit débarrassé(là c'est le point de vue des enseignants).C'est tellement particulier...puis il y a les parents, qui connaissent leurs progénitures mieux que personne, mais qui les écoutent.Personne,ce ne sont que des parents!Heureusement un bienfaiteur à pris en charge l'école privée de mon enfant,où enfin il est respecté, motivé,accepté j'ose dire aimé

  • Nathalie Chanex le 22.11.2016 00:07 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    @Falcon

    Je sais pas dans quel foyer est votre puce, Mais dans celui de mon fils ç est tout pareil... Il à plus une minute à lui...

  • océane le 22.11.2016 00:01 Report dénoncer ce commentaire

    Bien triste ce débat

    Dans certains pays on aime beaucoup les enfants et ils deviennent un peu des rois à la maison et dans d'autres on leur préfère les animaux de compagnie et ils deviennent malheureux. Je me demande lesquels sont les plus turbulents à l'école? Dans le pays des familles recomposées, des divorces à la pelle où les copains passent avant la famille on a plus de temps à leur consacrer. Grand problème de société ou les enfants d'ici peu n'auront plus de place... Bien triste ce débat!