Suisse

22 janvier 2019 08:20; Act: 23.01.2019 06:57 Print

Faut-il laisser les médecins travailler davantage?

par Christine Talos - La société suisse de médecine intensive ne veut plus limiter à 50 heures le temps de travail du personnel soignant dans les soins intensifs. Du côté des patients, on désapprouve.

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Respecter la loi oblige les soins intensifs à engager davantage de personnel. (Photo: Keystone)

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Les médecins et les infirmières travaillant dans les soins intensifs vont-ils devoir travailler bien plus que ce que la loi prévoit? C'est en tout cas ce que souhaite la société suisse de médecine intensive (SSMI) qui demande à ce que le personnel soignant n'ait plus à enregistrer ses heures de travail, annonce le Blick lundi. Pour rappel, la loi sur le travail, en vigueur depuis janvier 2005, limite le travail des médecins à 50 heures par semaine.

Pourquoi cette demande? Selon Thierry Fumeaux, président de la SSMI, l'application stricte de la loi engendre des problèmes et ne permet pas de garantir la continuité des soins aux patients. Selon lui, au cours d'une période de garde, les assistants et les médecins-chefs changent et se transmettent les informations sur les patients. Ce qui représente une source potentielle d'erreurs et d'oublis, affirme ce médecin-chef du groupement hospitalier de L'Ouest Lémanique à Nyon.

Derrière cette demande, il y a aussi une raison financière et Thierry Fumeaux ne le cache pas: limiter le travail des médecins comme la loi le prescrit oblige les établissements de soins à engager davantage d'assistants, ce qui signifie des coûts plus élevés.

Les mêmes effets que l'alcool

Du côté des patients, on craint pour la sécurité des malades. Le non-respect de la loi entraînera un surcroît de fatigue, estime Susanne Hochuli, présidente de l'Organisation suisse des patients. «On sait qu'un pour mille d'alcool a le même effet sur une personne que 24 heures d'insomnie ou que trop peu de sommeil sur une longue période», souligne-t-elle. Et de comparer avec les chauffeurs poids lourds qui sont tenus par la loi de respecter strictement les périodes de repos. «La vie d'un patient vaut-elle moins que la sécurité d'un usager de la route?», se demande-t-elle.

Erika Ziltener, présidente de la Fédération suisse des patients, va dans le même sens. «Je sais par expérience qu'il y a plus d'erreurs quand on est surmené», souligne cette infirmière qualifiée. Et selon elle, le respect de la loi est d'autant plus important dans les soins intensifs.

(nxp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Chrizo le 22.01.2019 08:45 Report dénoncer ce commentaire

    Plus de 50 heures ???

    Plus de 50 heures !? Mais de qui se moque t'on ici ? C'est impensable et invraisemblable qu'on fasse une telle demande...

  • In Cognito le 22.01.2019 09:13 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Économies

    Il s'agit clairement d'un problème économique ! Les erreurs de transmission sont moindre depuis l'avènement du dossier informatisé. Et l'époque des soignants corvéables à merci sous prétexte de «  vocation » est révolu depuis longtemps ! Et si on diminuait plutôt le salaire des responsables administratifs ? On ferait des économies sans toucher à la sécurité des patients ....

  • compli le 22.01.2019 09:40 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Non !

    Je confirme en tant que soignant qu'il y a plus d'erreurs quand on est surmené. Une fois où l'autre à titre exceptionnel lors d'une grosse urgence, des heures supplémentaires passent encore. Mais régulièrement non, trop dangereux. Il n'y a qu'à s'organiser pour mieux former les nouveaux professionnels sur le terrain que d'insister sur le côté administratif. Mais de ça les politiciens et csisses-maladie ne veulent pas en entendre parler.

Les derniers commentaires

  • lulu le 22.01.2019 14:39 Report dénoncer ce commentaire

    Ils sont dingue

    Nous ce que l'on veut c'est la qualité du travail et non la quantité. Plus nous ferons d'heures plus il en faudra davantage. Le repos est indispensable pour avoir une qualité de soins en rapport du prix de nos assurances maladie. Déjà 50 heures c'est énorme au delà c'est du suicide.

  • Soins intensifs le 22.01.2019 12:29 Report dénoncer ce commentaire

    Docteur

    Travailler sur des périodes plus longues (en 12h, par exemple) est tout à fait acceptable et diminue effectivement le risque de perte d'information en diminuant le nombre de transmissions. En revanche, augmenter la durée totale de travail hebdomadaire me semble être une idée aberrante, cela va très nettement détériorer la qualité de vie des médecins travaillant aux soins intensifs, spécialité déjà peu attractive, de part sa pénibilité physique (alternance jours nuits) et émotionnelle. La qualité de vie détériorée des médecins est bien plus dangereuse pour les patients qu'un peu de fatigue !

  • Nu le 22.01.2019 12:17 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    C'est toujours comme ça

    7 jours à 24 h; c'est ce qu'ils font déjà ! Et les infirmières jusqu'à 70 heures dans une semaine. Très souvent, les médecins ne mangent pas à midi, pas le temps de boire une verre d'eau ni d'aller aux toilettes. Ils y a toujours plus à faire et toujours moins de monde. Les arrêts maladies, même de longues durées ne sont pas remplacés et ils comptent 1 partie d'EPT pour les femmes enceintes et en congé maternité alors que souvent elles sont plus de 10 sur les 200 personnes du service. Le résultat, c'est qu'on peut se retrouver avec 24 infirmières au lieu de 30. Sans bien sûr fermer des lits.

  • Arlette le 22.01.2019 11:56 Report dénoncer ce commentaire

    Ben voilà

    Voilà un exemple qui risque bien de se produire aussi chez nous ? EXTÉNUÉ, UN CHIRURGIEN S'ENDORT EN TENANT LE BRAS DE SON PATIENT Après près de vingt heures de travail, Luo Shanpen a tenu à opérer en urgence un homme dont le bras avait été sectionné par un hachoir. Il a fini l'intervention épuisé

  • Anita Monney le 22.01.2019 11:54 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    trop c'est trop

    Ce qui est incompréhensible c'est que que ce sont bien souvent les médecins eux-mêmes, les mieux placés pour connaître les effets néfastes de l'accumulation des heures de travail, qui ne disent pas '' stop je dois me reposer '' Ils ont certes une conscience professionnelle et une résistance physique mais il y quand même un moment où la sagesse doit l'emporter.

    • compli le 22.01.2019 12:32 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Anita Monney

      Et à cause de ça certains médecins cadre (PAS TOUS) n'en ont rien à faire que les soignants doivent trimer en heures supplémentaires malgré l'épuisement. C'est plus qu'inquiétant.

    • David T. le 22.01.2019 12:39 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Anita Monney

      C'est archi faux! Les médecins sont forcés à travailler plus par leurs employeurs, et souvent leurs heures sup ne sont pas comptées parce que "t'as qu'à travailler plus vite"!!!