Suisse

14 juin 2018 10:02; Act: 14.06.2018 10:35 Print

Fermeture des centrales: antinucléaires fâchés

Le contrôle fédéral des finances estime qu'il n'est pas nécessaire d'augmenter de 30% à titre préventif les fonds réservés au démantèlement des centrales.

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Mühleberg a eu le feu vert des autorités pour redémarrer, suite à sa dernière révision annuelle. La centrale fermera définitivement en 2019. (Jeudi 13 septembre 2018) Le Conseil fédéral a mis en consultation jusqu'à mardi les ordonnances sur l'énergie nucléaire et sur la responsabilité civile en matière nucléaire. Des voix s'élèvent pour dénoncer une certaine complaisance face à des acteurs du secteur.(Mardi 17 avril 2018) Le réacteur numéro un de la centrale nucléaire de Beznau a été reconnecté au réseau mardi après trois ans d'arrêt. Il atteindra progressivement sa puissance maximale au cours des prochains jours. (Mardi 20 mars 2018) La Suisse possède 5 réacteurs nucléaires: Beznau 1 et 2, Gösgen, Leibstadt et Mühleberg. La part de l'atome dans notre production d'électricité s'élève à 39% en moyenne sur 10 ans, avec des pointes pouvant atteindre 45% en hiver. Les cinq centrales ont une puissance globale de 3,2 GW. La Suisse a commencé de développer son propre programme nucléaire depuis 1962, avec la construction de la centrale de Lucens (VD). Le réacteur devait fonctionner jusqu'à fin 1969, mais le 21 janvier 1969, un problème de refroidissement entraîna une fusion partielle du coeur. La caverne a été décontaminée dès le 3 mars 1969 et le réacteur démantelé. En 1997, le site a été réhabilité en Dépôt pour les biens culturels des musées du canton de Vaud. La construction du réacteur I de Beznau démarre en septembre 1965. Il est mis en activité en septembre 1969. C'est la centrale nucléaire en activité la plus vieille du monde. Deux ans plus tard, en décembre 1971, un 2e réacteur est mis en service à Beznau, Beznau II. La construction de la centrale nucléaire de Mühleberg dans le canton de Berne débute elle en mars 1967. Elle est mise en activité en novembre 1972. Nouvelle centrale prévue en Suisse dans les années 60, celle de Kaiseraugst, près de Bâle. Mais elle suscite une forte opposition dès l'attribution de l'autorisation de Berne. En 1975, la centrale devient le symbole de la lutte antinucléaire. Des militants occupent le chantier en avril 1975 durant 11 semaines. Une contestation sans précédent qui durera et qui finira par obtenir l'abandon du projet en 1988. La seconde, «Sauvegarde des droits populaires et de la sécurité lors de la construction et l'exploitation d'installations atomiques» est rejetée à 51,2% le 18 février 1979. La centrale de Gösgen est mise en service en novembre 1979. En mai 1983, trois ans avant Tchernobyl, la Fédération des partis écologistes de Suisse, qui regroupe le MPE neuchâtelois, le GPE vaudois et les partis Verts de Genève, Fribourg et du nord de la Suisse, est fondée à Fribourg. On reconnaît ici Daniel Brélaz (VD) au centre et Laurent Rebeaud (GE) à sa gauche. Le mouvement émerge de différents mouvements cantonaux contre la construction d'autoroutes ou de centrales nucléaires et remporte 1,9% des voix lors des élections fédérales d'octobre 1983. Trois élus vont à Berne, dont Daniel Brélaz et Laurent Rebeaud. Le 23 septembre 1984, les deux initiatives jumelles demandant l'arrêt de la construction de centrales nucléaires «pour un approvisionnement en énergie sûr, économique et respectueux de l'environnement» et «pour un avenir sans nouvelles centrales atomiques» sont rejetées par 54,2 %4 et 55 %5 des Suisses. La Suisse met en service sa dernière centrale: celle de Leibstadt, en décembre 1984. C'est la plus puissante encore actuellement dans notre pays. En 1986, suite au projet de la centrale de Kaiseraugst et à la catastrophe de Tchernobyl, une initiative pour instaurer un moratoire de 10 ans sur toute construction atomique est lancée. Elle est acceptée à 54,5% le 23 septembre 1990. Le 18 mai 2003, les initiatives « Moratoire-plus - Pour la prolongation du moratoire dans la construction de centrales nucléaires et la limitation du risque nucléaire» et «Sortir du nucléaire - Pour un tournant dans le domaine de l'énergie et pour la désaffectation progressive des centrales nucléaires», sont refusées à 58 et 66% par le peuple suisse. Le 11 mars 2011, le tsunami et le séisme qui secouent le Japon provoquent une catastrophe à la centrale de Fukushima.L'onde de choc mondiale qui suit frappe de plein fouet les esprits de la classe politique et la population suisse. Le 25 mai 2011, le Conseil fédéral, par la voix de Doris Leuthard, annonce sa décision de sortir du nucléaire. Selon le gouvernement, la dernière centrale pourrait fermer ses portes en 2034, avec une durée de vie de maximum 50 ans. Le Conseil national confirme la décision du Conseil fédéral le 8 juin 2011. Le Conseil des Etats suit à son tour le 28 septembre 2011. Le 16 décembre 2012, l'initiative «Pour la sortie du nucléaire» est déposée à Berne. Elle demande une durée de vie maximale des centrales de 45 ans. Le texte est soutenu par une vaste alliance comprenant des associations environnementales, des partis politiques (PS, PEV, PCS, JS), et des organisations contre le nucléaire. En octobre 2013, FMB-BKW annoncent la date de fermeture pour 2019 de la vieille centrale de Mühleberg, dans le canton de Berne. La décision de démentèlement sera prise en été 2018. Le 21 mai 2016, les Suisses approuvent, dans un vote qualifié d'historique, la stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral qui vise un virage modéré vers une Suisse sans atome. «On sort enfin du nucléaire», soulignent les partisans du projet, soulagés. Le 27 novembre 2016, le peuple suisse rejette à 54,2% l'initiative des Verts «Sortir du nucléaire» qui réclame la mise hors-service de Beznau I et la fermeture des autres centrales dès qu'elles atteindront l'âge de 45 ans. L'Inspection fédérale de la sécurité nucléaire autorise le bloc 1 de la centrale nucléaire de Beznau (Döttingen, AG) à redémarrer. Il était à l'arrêt forcé depuis trois ans. (Mardi 6 mars 2018) Un réacteur de la centrale nucléaire de Mühleberg (BE) a été arrêté d'urgence mercredi en raison d'un problème technique. Il a pu repartir après le feu vert de l'Inspection fédérale de la sécurité nucléaire.(Jeudi 8 mars 2018)

Une faute?

Le démantèlement des centrales nucléaires coûtera cher, très cher: il faudra en effet débourser 24,58 milliards de francs, avait calculé en avril dernier le Département fédéral de l'énergie. Un chiffre revu à la hausse puisqu'ils étaient estimés auparavant à 21,77 milliards en 2016. Et pour payer la facture, deux fonds ont été créés: l'un pour la désaffectation des centrales, l'autre réservé à la gestion des déchets radioactifs.

Ces fonds, surveillés par le Conseil fédéral, doivent être alimentés par les exploitants. Des exploitants qui sont tenus selon la loi de prévoir actuellement un supplément forfaitaire de 30% sur les coûts totaux. Mais cela pourrait changer, car le Contrôle fédéral des finances vient de publier un rapport d'audit sur ces fonds et il estime désormais que ce forfait de 30% est trop élevé.

Il suit donc en partie l'avis de la Commission administrative des deux fonds (Stenfo) qui a proposé fin 2017 de diminuer ces surtaxes qui pèsent sur les charges des exploitants des sites nucléaires. Elle avait proposé d'abaisser à 12,5% la marge concernant l'élimination ds déchets et à 5% celle qui concerne le démantèlement des centrales.

Le CDF estime toutefois qu'ûn supplément reste nécessaire, étant donné que la réalisation des études de coûts comporte des incertitudes de divers ordres. Ainsi, les opportunités et les risques extraordinaires ne sont pas attribués, mais considérés comme des risques financiers de projets, écrit-il jeudi.

La Fondation suisse pour l'énergie déçue

Cette diminution de cette marge de sécurité ne fait pas franchement le bonheur des milieux antinucléaires. Ainsi la Fondation suisse pour l'énergie (SES) regrette dans un communiqué paru jeudi que le Contrôle fédéral des finances suive largement les recommandations des exploitants, «alors que de nombreuses incertitudes subsistent concernant les coûts et le financement des fonds». Ce qui engendre le fort risque, selon elle, que l'énergie nucléaire soit vendue aujourd'hui à un coût trop faible.

«Si cette surtaxe de sécurité est effectivement réduite, cela équivaut à des contributions moins élevées pour les opérateurs», précise la SES. «En fait, cela subventionne l'énergie nucléaire aux dépens des contribuables de demain et cela prolonge la durée de vie des centrales, même si elles ne sont plus rentables aujourd'hui.»

C'est désormais au Conseil fédéral de trancher. Il devrait en effet mettre prochainement en consultation un projet d'ordonnance pour régir les deux fonds.

(cht/nxp)