Berne

18 juin 2018 21:29; Act: 19.06.2018 07:49 Print

Gaming: «les 'loot box', un système démoniaque»

Un parlementaire veut réglementer les micro-transactions dans certains jeux vidéo. Il veut qu'elles soient assimilées à des jeux d'argent, et réglées par la loi récemment acceptée par le peuple.

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La communauté des jeux vidéo est de plus en plus agacée par le concept de la "loot box", un tirage aléatoire qui permet de gagner certains objets nécessaire au jeu, ou simplement cosmétiques. (Photo: Keystone)

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De plus en plus de développeurs de jeux vidéos font désormais payer leurs joueurs pour des objets ou des niveaux. Ce sont parfois des ajouts «cosmétiques», mais certains sont indispensables pour avancer dans le jeu. Des gamers dépensent parfois des centaines de francs pour arriver au bout du jeu.

Le parlement suisse devra se pencher là-dessus, suite au dépôt d'une motion du socialiste Samuel Bendahan. «Cette pratique commerciale détestable est problématique, car elle pousse à l'addiction, explique le conseiller national. En plus, elle vise souvent des mineurs. Et comme les récompenses sont aléatoires lors de l'achat d'une loot box, elles sont assimilables à un jeu d'argent et doivent être réglementées comme telles.»

«Le système est basé sur la frustration, il faut avoir tel objet pour faire telle tâche, or il faut payer, parfois plusieurs fois, jusqu'à obtenir celui qu'on veut», décrit Gabriel Sonderegger, développeur de jeux vidéos. Pour le cofondateur de Sunnyside Games, la pratique fait appel à la passion dévorante qui anime certains gamers, parfois très jeunes. «On a vécu la même quand on avait 14 ans, se souvient-t-il. Mais exploiter cette passion n'est positif ni pour les joueurs, ni pour les créateurs.»

La motion Bendahan vise donc à intégrer ce procédé dans la loi récemment votée sur les jeux d'argent. Les entreprises qui le pratiquent devraient s'y conformer, c'est à dire par exemple redistribuer les profits liés aux «loot box» à la collectivité publique, et participer à de la prévention. Elles devraient aussi mieux informer sur les limites du produit vendu initialement. Sinon, elles seraient interdites du marché suisse.

«C'est difficile de s'attaquer à ces monstres américains, mais on s'achemine de toute façon vers une réglementation, ce n'est qu'une question de temps, estime Gabriel Sonderegger. A part quelques exemples où l'entreprise quitte le marché qui la contraint, la plupart adaptent leur jeu en quelques jours.» Les lois sont d'ailleurs en train de changer, notamment aux Pays-Bas, en Belgique et en Angleterre.


(rmf)