Suisse

12 mars 2019 15:18; Act: 13.03.2019 21:29 Print

Hélicos à l'hôpital: les nouvelles normes coûteront cher

par Christine Talos - Berne veut revoir les exigences en termes de sécurité des places d'atterrissage des grands hôpitaux pour les hélicoptères. La facture s'annonce salée.

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La piste d'atterrissage pour hélicoptère du CHUV à Lausanne. (Photo: Keystone)

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Berne veut améliorer la sécurité des places d'atterrissage des hôpitaux. Il a en effet lancé à l'automne dernier une consultation sur le décollage et l'atterrissage des hélicoptères en dehors des aérodromes. Selon l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC), plusieurs places ne remplissent pas entièrement les exigences de l'Organisation de l'aviation civile internationale. L'OFAC veut donc définir de manière uniforme les infrastructures dont devront se doter les 25 plus grands hôpitaux de Suisse, dont les HUG, le CHUV et l'hôpital de Sion. Et la facture s'annonce salée.

5 millions de francs pour les HUG

Ainsi à Genève, cette mise en conformité devrait coûter plus de 5 millions de francs aux HUG. «Une demande d'autorisation de construire devrait aboutir cet été pour une réalisation en 2020 ou 2021», explique son porte-parole Nicolas de Saussure. L'établissement devra notamment créer «une double plateforme susceptible d'accueillir une machine de 5 tonnes et une autre de 3,5 tonnes», ainsi qu'un «bac de rétention de carburant» pour chacune d'elle, explique son porte-parole.

Du côté du CHUV, on confirme également être concerné par cette mise en conformité. «Les mesures à prendre seront principalement des adaptations techniques. Nous étudions les modifications demandées par l'OFAC, en collaboration avec un bureau spécialisé, pour un coût qui est en cours de chiffrage», explique Laurent Meier, chef du service de la sécurité.

Répercussions sur les coûts de la santé

Le projet de l'OFAC fait d'ores et déjà bondir la conseillère nationale PLR Isabelle Moret. La Vaudoise, qui est présidente de H+ Les Hôpitaux de Suisse, a d'ailleurs interrogé le Conseil fédéral sur les coûts globaux que cela va engendrer pour les hôpitaux, sans recevoir une réponse claire.

«L'OFAC veut augmenter ses exigences alors qu'il n'y a jamais eu de problèmes particuliers», s'étonne-t-elle. «Il s'agit bien sûr d'assurer la sécurité des patients, mais aussi de ne pas augmenter inutilement les coûts de la santé». Car tout ceci engendrera des frais importants pour les établissements qui se répercuteront inévitablement au final sur nos primes, déplore-t-elle. «Alors que l'on cherche par tous les moyens à réduire les coûts des hôpitaux, pourquoi un Office, qui n'a rien à voir en plus avec l'Office fédéral de la santé, veut-il poser des exigences qui ne sont pas nécessaires?», questionne-t-elle.

Approches futures aux instruments

Dans sa réponse, le Conseil fédéral se contente de souligner qu'actuellement les départs et les approches des hélicoptères s'effectuent exclusivement selon les règles de vol à vue et qu'il est prévu, comme pour l'hôpital de l'Île à Berne, que d'autres hôpitaux soient dotés ces prochaines années de procédures d'approche aux instruments.

Celles-ci «permettront les approches par mauvais temps et amélioreront dès lors la qualité des opérations de sauvetage». Il mentionne également que les normes internationales, auxquelles est liée la Suisse, sont devenues plus strictes.

Harmoniser les normes

Du côté de l'Office fédéral de l'aviation civile, on se montre plus clair. A l'heure actuelle, seul l'hôpital de l'Île à Berne permet aux hélicoptères une approche aux instruments. Tous les autres sites en Suisse ne peuvent être utilisés que via les règles de vol à vue, explique son porte-parole, Antonello Laveglia.

Autrement dit, en cas d'épais brouillard par exemple, ils sont inutilisables et ce sont alors les ambulances qui prennent le relais pour acheminer les blessés ou les malades. Selon lui, cette volonté de pouvoir voler aux instruments n'émane pas de Berne, mais vient des compagnies d'hélicoptères, voire des hôpitaux eux-mêmes. Le rôle de l'OFAC est juste de fixer les exigences pour le faire. Peut-être que certains établissements y renonceront pour des raisons de coûts, précise-t-il.

Le Tessinois explique la démarche derrière le projet. «En général, les hélicoptères décollent et atterrissent depuis des héliports dûment approuvés par l'OFAC. En dehors, il existe des 'places d'atterrissage en campagne' pour lesquelles les exigences sont bien plus légères. Les places des hôpitaux appartiennent à cette catégorie», souligne-t-il. «Mais ce n'est pas pareil d'atterrir dans un champ ou au sommet d'un hôpital en milieu urbain», souligne-t-il. «L'idée est donc de remédier à cette situation, qui n'est pas optimale à nos yeux en définissant une norme spécifique aux places d'atterrissage des hôpitaux et en harmonisant les pratiques présentes dans les établissements du pays».

20 millions de francs

Antonello Laveglia refuse de chiffrer les coûts que cette mise en conformité engendrera pour les hôpitaux. «C'est difficile, car chaque établissement a une situation différente», dit-il. Dans son commentaireaccompagnant le lancement de la consultation, l'OFAC a toutefois souligné qu'il faudrait investir 20 millions de francs en tout pour mettre les places d'atterrissage actuelles en conformité.

La consultation de la révision de l'ordonnance s'est achevée fin janvier et l'OFAC est en train de dépouiller les prises de position reçues, explique le porte-parole. La Conférence suisse des directeurs cantonaux de la santé, H+ Les Hôpitaux de Suisse ou la Rega ont notamment été sollicités. L'OFAC doit maintenant vérifier s'il est nécessaire d'apporter des modifications à son projet avant qu'il soit soumis au Conseil fédéral. Ou carrément laisser tomber s'il y a trop d'oppositions.

(nxp)