Berne

24 octobre 2019 15:02; Act: 24.10.2019 15:32 Print

Il tranche la gorge de son fils parce qu'il est gay

Quand le père de Seran M.* a appris que son fils était homosexuel, il est devenu fou et s'en est pris à lui avec un couteau. Six mois après s'être réveillé de son coma artificiel, le jeune homme de 17 ans témoigne.

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Seran M.* s'est réveillé un matin avec une lame sur la gorge. Son assaillant n'était autre que son père. «Tu es gay? Tu es gay? Tu es gay?», a-t-il demandé à son fils.

Habité par son instinct de survie, l’ado s'est défendu de toutes ses forces. Il est parvenu à s’échapper par le balcon et a trouvé de l’aide chez les voisins. Ces derniers ont alors alerté les secours et la police. Le jeune homme de 17 ans a immédiatement été conduit à l'hôpital de l'Île, à Berne. Il avait de graves coupures au niveau du cou et du haut du corps. «Heureusement, mon père a manqué l'artère carotide de peu. Mais ma trachée était touchée et j’ai dû être placé dans un coma artificiel», explique la victime.

Des cicatrices et un traumatisme indélébiles

Six mois se sont écoulés depuis ce drame et Seran M. mène désormais une nouvelle vie. Mais les cicatrices sur son cou, sa poitrine, son dos et ses bras lui rappellent constamment l'attaque de son père. «Je les vois dans le miroir ou quand je fais des selfies et des snaps. Ces marques m'accompagneront pour le reste de ma vie».

Seran M. est d'origine irakienne, sa famille est musulmane et il a grandi dans une région rurale du canton de Berne. Il a toujours su que ses proches n'accepteraient pas son orientation sexuelle: «J'ai toujours caché mon homosexualité à ma famille».

Se battre et avancer

Le père de Seran M. a été arrêté par les autorités et les relations entre les membres de la famille se sont détériorées. «Ma mère a honte de ce qui s'est passé. Quant à moi, je me suis caché assez longtemps, c’est fini maintenant. Voilà pourquoi j’ai pris la décision de partager mon histoire sur Instagram», explique le rescapé. «On est en 2019 et mon père a essayé de me tuer parce que j'aime les hommes. Je ne peux pas accepter ça», poursuit-il.

Aujourd’hui, malgré la souffrance et le choc, Seran M. se reconstruit peu à peu et se veut encourageant pour les jeunes hommes issus de familles musulmanes qui se trouvent dans le même cas que lui: «Tentez de trouver de l'aide si vous voulez vous en sortir. Mais ne laissez pas votre famille vous opprimer», conclut-il.


*Nom d’emprunt

(cho/vsm)