Suisse

16 janvier 2018 09:16; Act: 16.01.2018 19:48 Print

Immigration: l'UDC lance sa nouvelle initiative

par Christine Talos, Berne - L'UDC et l'ASIN ont lancé la collecte des signatures pour son initiative «Pour une immigration modérée». Celle-ci vise à mettre fin à la libre circulation des personnes avec l'UE

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Les initiants devant la presse mardi à Berne. (Photo: Keystone)

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C'est reparti pour un tour sur la question de l'immigration en Suisse. En effet, l'UDC et l'ASIN ont lancé ce mardi à Berne leur initiative pour une immigration modérée, dite «initiative de limitation». Pour résumer, les arguments sont les mêmes que ceux pour l'initiative sur l'immigration de masse acceptée par les Suisses en février 2014. Mais cette fois: les initiants sont clairs: ils demandent au peuple de se prononcer sur la suppression de la libre circulation des personnes et par conséquent les accords bilatéraux avec l'UE.

Un an pour négocier avec Bruxelles

L'initiative, qui doit récolter 100'000 signatures d'ici juillet 2019, stipule que la Suisse règle de manière autonome son immigration. Si elle était acceptée par le peuple, le Conseil fédéral aurait un an pour négocier la fin de la libre circulation avec Bruxelles. Au cas où aucune solution ne serait trouvée, il faudrait dénoncer dans le mois qui suit les accords bilatéraux I, dont fait partie l'accord de libre circulation.

Les entreprises doivent continuer à pouvoir recruter la main d'oeuvre nécessaire à l'étranger, lorsqu'elles en ont besoin et qu'elle n'est pas disponible en Suisse, rappelle l'UDC. Mais la décision doit être prise de manière souveraine.

Pas de Suisse à 10 millions d'habitants

«Nous ne voulons pas d'une Suisse à 10 millions d'habitants», à expliqué le président de l'UDC Albert Rösti devant la presse. «Nous ne voulons pas d'une Suisse qui manque d'emplois, notamment pour les plus de 50 ans, d'une Suisse aux loyers inabordables, aux trains et autoroutes surchargés, aux écoles bondées, d'une Suisse dont la culture est travestie par les immigrants.» Le Bernois a rappelé que depuis son entrée en vigueur complète en 2006, la libre circulation a généré une immigration nette de 800'000 personnes, soit l'équivalent de la population du canton de Vaud.

Car comme dans les arguments lors de la campagne pour la votation de 2014, les immigrants sont la source de tous les maux dont souffre la Suisse ou presque. «Notre pays a subi ces dernières années une immigration comme jamais auparavant. Sa croissance démographique a explosé pour atteindre celle d'un pays du tiers-monde», a avancé pour sa part Lukas Reimann, président de l'Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN). «Hormis les régions de montagne, la Suisse affiche aujourd'hui l'une des densités démographiques les plus élevées d'Europe», a-t-il ajouté. La qualité de vie diminue d'autant.

La libre circulation décriée

La libre circulation est donc dans le viseur de l'UDC. Car pour le parti, elle n'a rien apporté à la Suisse en terme de santé économique, contrairement à ce que prétendent ses partisans. Pour la conseillère nationale genevoise, Céline Amaudruz, la réalité est tout autre, puisque elle a permis à de nombreux étrangers de profiter des prestations du chômage en Suisse. Car, rappelle-t-elle, «dès qu'un étranger a travaillé chez nous, il a droit aux indemnités calculées sur son salaire suisse, pour autant qu'il ait cotisé durant 12 mois dans l'UE.» Ce qui lui fait dire: «mieux vaut être au chômage en Suisse que dans son pays d'origine.»

Le conseiller national tessinois Marco Chiesa a abondé en expliquant la situation dans son canton. Depuis 2004, date à laquelle la préférence indigène à l'embauche est tombée, l'assistanat au Tessin a explosé. «En 2017, plus de 8200 personnes étaient à la charge de l'aide sociale et le nombre d'étrangers qui en bénéficient a triplé,» a-t-il indiqué. Il a également souligné que le dumping salarial était devenu un «fléau économique» et que son canton comptait désormais le même nombre de travailleurs suisses que de travailleurs étrangers.

Une erreur fondamentale

Pour le conseiller national zurichois Thomas Matter, la libre circulation des personnes est carrément une« erreur fondamentale». Et de souligner les protestations qui ne vont pas manquer de la part des autres partis qui estiment que sans elle, notre économie s'effondre. «Le même concert de lamentations s'est manifesté en 1992 durant la campagne de votation sur l'EEE», a-t-il rappelé. Pour lui, résilier l'accord sur la libre circulation ne serait pas une catastrophe car seuls six autres accords bilatéraux avec l'UE tomberaient si l'initiative passait. Ceci alors que la Suisse et l'UE en ont conclu une centaine.

Et de rappeler que la Suisse ne doit pas sa prospérité à la libre circulation. Au contraire. «Entre 1945 et 2001, donc avant l'entrée des accords bilatéraux, la croissance du PIB suisse par habitant était de 2% en moyenne annuelle. Depuis 2007, le PIB est resté au même niveau.» Thomas Matter a en outre souligné que nos marchés d'exportation les plus prometteurs se situaient en Asie et en Amérique, des pays avec qui la Suisse n'a conclu aucun accord de libre circulation.

«Un pays libre et souverain comme la Suisse doit régler de manière autonome l'immigration sur son territoire. La plupart des Etats performants du monde agissent ainsi», a conclu Albert Rösti. Les pays ont tendance à durcir leur loi sur l'immigration afin de répondre à des critères strictement économiques. L'initiative vise précisément à «redonner à la Suisse cette liberté d'action». Il n'est pas tolérable, rappellent les initiants, «que plus de 500 millions de citoyens de l'UE aient le droit de s'établir dans un petit pays comme la Suisse.»

(nxp)