Liberté d'expression

23 mars 2011 18:07; Act: 23.03.2011 18:46 Print

Journal tancé pour un article pro-Serbes

par Raphaël Pomey - La justice tape sur les doigts de «La Nation». En 2010, le journal avait qualifié le génocide de Srebrenica, en 1995, de «pseudo-massacre».

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Des civils fuyant Srebrenica, pris en photo à proximité de la ville bosniaque de Tuzla. (Photo: Keystone)

Une faute?

Première suisse: début mars, le procureur vaudois a jugé qu’en relativisant l’ampleur du massacre de Srebrenica (environ 8000 hommes et jeunes hommes bosniaques tués), deux journalistes de «La Nation» s’étaient fait les auteurs d'une violation de la norme pénale antiraciste.

Un goût de la polémique un peut trop marqué

Dénonçant le «lynchage médiatique des Serbes», les rédacteurs du papier souhaitaient démontrer que ce peuple avait été diabolisé par la presse internationale afin de nuire à travers lui, à l'allié traditionnel russe. Une guerre froide poursuivie malgré la chute du communisme. Seul soucis: dans leur présentation des faits, les auteurs s'étaient quelque peu aventurés et avaient usé de termes parfois polémiques. Parmi ceux-ci, celui de «pseudo-massacre», pour évoquer le massacre de Srebrenica, en 1995.

Triomphe des associations

Christoph Wiedmer, directeur de l'une des deux associations qui avait dénoncé la publication, jubile: «C'est une bonne chose que la négation des horreurs de Srebrenica soit jugée comme violant la norme pénale antiraciste. Mais je trouve dommage que la justice n’ait pas reconnu l’intention discriminatoire des auteurs. Cela aurait permis de les amender» Grâce à non-lieu découlant de cette absence de volonté de rabaisser les victimes des Serbes de Bosnie, les rédacteurs s’en sortent en effet avec les seuls frais de procédure à payer.

Jusqu'où peut-on parler de racisme?

«Relativiser ces crimes rappelle ce que certains font avec la Shoah», note le prof honoraire de relations internationales à l'Uni de Lausanne, Pierre de Senarclens. Il juge cependant délicat de mobiliser la loi antiraciste au sujet d'interprétations d’un conflit dû à des différences culturelles et non pas vues comme «biologiques». «Si quelqu'un en venait à nier des massacres commis en Irlande entre communautés opposées, parlerait-on de racisme?»

«La Nation», pour sa part, insiste sur l’absence de volonté de discriminer, relevée par la justice. «Il y a eu une décision de non-lieu, c'est ce que je retiens», conclut Olivier Delacrétaz. A noter que le journal avait ouvert ses colonnes à un opposant à la version des faits relayée par ses rédacteurs.