Passeport confisqué

16 mai 2019 17:12; Act: 16.05.2019 17:45 Print

L'Arabie saoudite retient un Suisse depuis deux ans

Un entrepreneur suisse est bloqué depuis deux ans en Arabie saoudite. Une politicienne jurassienne s'en émeut.

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L'homme emprisonné a supervisé la construction de fabriques dans plusieurs pays, dont l'Arabie saoudite. (Photo: Keystone/Photo d'illustration)

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La conseillère aux Etats Anne Seydoux (PDC/JU) s'inquiète pour un entrepreneur suisse indûment retenu en Arabie saoudite depuis plus de deux ans. Selon elle, les autorités helvétiques ont réagi extrêmement mollement. Le Conseil fédéral se défend.

Entrepreneur actif dans la fabrication d'objets ménagers, l'homme possède aussi un passeport libanais. Il a supervisé la construction de fabriques dans plusieurs pays dont l'Arabie saoudite et un des Emirats arabes unis (Ras el Khaïmah). Dans ce dernier, il a également été longtemps proche conseiller de l'actuel émir, explique Anne Seydoux.

Selon elle, l'émir lui a depuis fait intenter plusieurs procès «scandaleux» dont le seul but était de se défausser de plusieurs insuccès temporaires d'investissements auxquels il avait pourtant consenti. Grâce à une convention entre les Etats du Golfe, l'entrepreneur a été arrêté en Arabie saoudite et risque toujours l'extradition. Libéré, il n'a pas récupéré son passeport et a l'interdiction de voyager.

Protection consulaire constante

Dans sa réponse à l'interpellation de la Jurassienne publiée jeudi, le gouvernement assure que le Département des affaires étrangères (DFAE) n'a jamais cessé d'assurer la protection consulaire du citoyen concerné depuis qu'il a appris son arrestation survenue le 20 septembre 2016 en Arabie saoudite.

Dans ce contexte, il est intervenu à plusieurs reprises auprès des autorités saoudiennes pour connaître l'avancement de la procédure judiciaire en cours et obtenir la restitution du passeport confisqué afin que le citoyen puisse quitter le pays. Le DFAE reste en contact étroit avec le concerné et poursuit ses efforts sans interruption.

Les conditions légales ne sont en revanche pas réunies pour accorder la protection diplomatique au citoyen en question, précise le Conseil fédéral. Le DFAE ne peut pas non plus intervenir lui-même dans la procédure d'extradition engagée par les Emirats arabes unis.

Le DFAE discute en revanche du dossier avec les autorités saoudiennes chaque fois que l'occasion se présente et attire également l'attention sur la dimension humanitaire de l'affaire, la dernière fois le 20 mars. Nul besoin dès lors selon le gouvernement de diffuser une sérieuse mise en garde à l'égard de tout acteur économique suisse envisageant de se rendre dans les pays du Golfe.

Visite d'Ueli Maurer

Interpellé aussi par Sibel Arslan (Verts/BS) sur le respect des droits de l'homme en Arabie saoudite, le Conseil fédéral se dit préoccupé par la situation. La possibilité d'une visite du président de la Confédération Ueli Maurer en Arabie saoudite est toujours à l'étude. La décision dépendra des développements de la situation.

Le cas Khashoggi et la situation des défenseurs des droits de la femme ont fait l'objet d'un examen critique lors de plusieurs convocations du chargé d'affaires saoudien, la dernière fois le 12 mars, précise le gouvernement. La Suisse demande en outre avec insistance de pouvoir assister en tant qu'observatrice au procès de Loujain Al-Hathloul à Riad.

Le Conseil fédéral attend les conclusions du rapport que la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires devrait soumettre fin juin au Conseil des droits de l'homme.

(nxp/ats)