Suisse

27 novembre 2018 11:58; Act: 28.11.2018 09:35 Print

L'UDC va-t-elle retirer son initiative de limitation?

Échaudée par son échec dimanche sur les juges étrangers, l'UDC se réunit ce mardi. Elle pourrait laisser tomber sa nouvelle initiative sur la libre circulation.

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L'initiative dite de l'imitation vise à résilier la libre circulation des personnes avec l'Union européenne. Elle a abouti fin septembre (Photo: Keystone)

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C'est une réunion extraordinaire qui doit se dérouler au sein de l'UDC ce mardi. Au menu, l'initiative pour une immigration modérée dite «de limitation», qu'a lancée le parti en début d'année. Après le refus massif du peuple dimanche de l'initiative sur les juges étrangers, plusieurs élus veulent discuter du bien-fondé de continuer avec le nouveau texte. Ils craindraient les effets d'une image de perdant.

Est-il judicieux de s'en tenir à cette nouvelle initiative et de risquer une nouvelle défaite dans les urnes, se demande ainsi le conseiller national Ulrich Giezendanner dans les colonnes du Tages-Anzeiger ce mardi. L'élu ne précise pas qui seront les membres présents à la réunion.

Résilier la libre circulation

Pour rappel, l'initiative dite de limitation vise à résilier la libre circulation des personnes avec l'Union européenne (UE). Elle a abouti fin septembre dernier. Le texte de l'UDC et de l'Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) exige que la Suisse règle de manière autonome l'immigration des étrangers. Il interdit tout nouveau traité ou obligation de droit international qui accorderait la libre circulation à des ressortissants étrangers. Les traités existants ne pourraient pas non plus être modifiés en ce sens.

Si l'initiative est acceptée par le peuple, les autorités auraient un an pour négocier la fin de l'accord sur la libre circulation avec Bruxelles. Faute de solution dans ce délai, le Conseil fédéral devrait dénoncer l'accord dans le mois qui suit. Avec le risque de faire tomber l'ensemble des accords bilatéraux I en raison de la clause guillotine.

L'immigration en forte baisse

Mais la situation a évolué depuis la première initiative sur l'immigration de masse approuvée déjà de justesse par le peuple en février 2014. Entretemps, l'immigration a diminué pratiquement de moitié. Difficile dans ces conditions de faire passer le nouveau texte auprès de la population, selon le sénateur UDC Hannes Germann pour qui il serait illogique de maintenir l'initiative. Un cadre du parti fait même allusion à la possibilité d'une retraite: «Si l'immigration continue de décliner, l'initiative pourrait même devenir obsolète».

Une nouvelle défaite en vue?

Un politologue va même plus loin. Selon Michael Hermann, l'UDC prendrait un risque considérable en la maintenant. «Le temps des succès faciles est terminé pour le parti, et l'UDC se dirige vers une nouvelle défaite avec son initiative de limitation», estime-t-il dans le Tagi.

Et tout cela risque de nuire à l'image du parti à moins de un an des élections fédérales. «Ce n'est pas bon d'entamer les débats sur l'initiative de limitation avec cette image de perdant», estime la conseillère nationale Barbara Steinemann qui souhaite néanmoins la maintenir. «Ce n'est pas parce que nous nous sommes fait remonter les bretelles que nous devons renoncer à nos valeurs», abonde son confrère Roland Büchel.

Le sénateur Roland Eberle estime également qu'il serait erroné de retirer cette initiative pour des raisons tactiques. «La question de l'immigration en Suisse reste d'actualité», estime-t-il. Elle concerne tous les domaines de la vie, tels que les transports, la santé ou la politique d'aménagement du territoire.

Réflexe anti-UDC?

Mais les parlementaires UDC qui se sont battus pour l'initiative sur l'autodétermination, sont unanimes: tous ont été confrontés à des réactions agressives et à des insultes. Il y aurait peu à peu un réflexe anti-UDC, qui empêcherait les discussions de fond, se plaignent-ils.

Un réflexe que constate aussi Marc Bühlmann, directeur de l'Année Politique Suisse. Mais il n'estime pas pour autant que l'UDC est en pente descendante et qu'elle va perdre les élections fédérales de 2019. «Au contraire: ceux sur qui on tape sont davantage capables de se mobiliser. Et l'UDC a suffisamment prouvé qu'elle pouvait le faire», estime-t-il.

(cht/nxp)