Affaire CarPostal

08 février 2018 08:53; Act: 08.02.2018 17:31 Print

La directrice de La Poste mise sous pression

Doris Leuthard se dit déçue par l'affaire CarPostal. Plusieurs parlementaires aimeraient que la directrice du géant jaune Susanne Ruoff parte.

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La directrice de La Poste Susanne Ruoff était au courant depuis août 2013 au moins. (Photo: Keystone)

Une faute?

Le dossier CarPostal Suisse SA prend de l'ampleur. La directrice de La Poste Susanne Ruoff était au courant depuis août 2013 au moins, selon le Blick. Dans une prise de position, la ministre des transports et de la communication Doris Leuthard demande que toute la lumière soit faite et que tous les documents soient remis rapidement à son département.

Un rapport du contrôle interne relevait que «la direction de CarPostal est consciente des risques mais ne voyait aucune autre option compte tenu des objectifs de rentabilité qui lui ont été fixés».

Cette pratique a été approuvée par la direction de CarPostal, selon ce document. En 2011, les transferts ont totalisé 11 millions de francs, 19 millions en 2012. Ces chiffres correspondent aux données figurant dans le rapport de l'OFT qui a révélé les irrégularités.

Le directeur renvoyé mardi, Daniel Landolf, expliquait le problème dans une lettre envoyée à la fin décembre 2017. Il devait réaliser les objectifs donnés par La Poste, or il ne pouvait enregistrer des plus-values que dans le trafic passager régional, ce qui est interdit par l'OFT... Il y rappelait que ce conflit d'objectifs est connu depuis des années et que la pratique était «connue et acceptée» au sein du groupe.

Pour Susanne Ruoff, il ne faut pas tout mélanger. «Le conflit d'objectifs et les pratiques comptables illégales sont deux choses différentes», a expliqué la porte-parole de La Poste, Léa Wertheimer. La direction et le conseil d'administration étaient conscients qu'il y avait des problèmes mais pas qu'il y avait des bénéfices illégaux, a-t-elle ajouté.

Pression politique

La pression politique monte d'un cran pour la directrice de La Poste, Susanne Ruoff. Après les révélations de la presse jeudi selon lesquelles elle était au courant des manipulations comptables de CarPostal, des parlementaires veulent qu'elle en tire les conséquences.

Pour Roger Nordmann, chef du groupe socialiste au Parlement, c'est clair: «Je crois qu'elle ne peut plus conserver son poste», a-t-il dit dans l'émission de la radio alémanique Rendez-vous. La confiance est rompue, ajoute-t-il. Sa collègue de parti Edith Graf-Litscher, qui préside la commission des transports au conseil national abonde dans son sens.

Dans les rangs bourgeois, il n'y a guère plus de compréhension envers Susanne Ruoff. «Si ces accusations sont vraies, elle doit être suspendue jusqu'à ce qu'à la fin de l'enquête», a déclaré Ulrich Giezendanner (UDC/AG) sur les ondes de la radio SRF. Il aurait attendu dès mardi une prise de position du président du conseil d'administration, Urs Schwaller.

Pour le conseiller national Thierry Burkart (PLR/AG), La Poste doit maintenant mettre les cartes sur la table et expliquer exactement de quoi il retourne. Il faudra dans un deuxième temps en tirer les conséquences personnelles. Enfin, il reviendra au politique de réfléchir à la manière de faire pour qu'une telle affaire ne se reproduise plus.

Les cantons demandent des comptes

Si le montant des subventions indûment perçues a été estimé dans un premier temps à 78,3 millions de francs, on parle désormais de 107 millions pour la période allant de 2007 à 2016. Et le total pourrait être encore plus élevé, explique le Tages-Anzeiger dans son édition du 8 février 2018.

«CarPostal devra probablement rembourser entre 120 et 130 millions de francs, parce que les subventions se sont poursuivies jusqu'à la fin 2017», estime le ministre jurassien de l'environnement David Eray. Les cantons sont en effet en première ligne et ils n'entendent pas lâcher l'affaire.

Déjà plusieurs alertes

La Conférence des directeurs cantonaux des transports publics (CTP) avait demandé en 2011 déjà à l'Office fédéral des Transports (OFT) de vérifier les comptes de CarPostal. Elle s'interrogeait dans une lettre du 5 juillet sur la constitution de réserves excessives dans le secteur du transport régional.

Un an plus tard, les cantons de Vaud, Neuchâtel, Jura et Berne sommaient l'OFT de se pencher sur la gestion de la filiale de La Poste. Qui venait de demander pour 2013 une augmentation de ses subventions de 17 à 27%.

Dans leur lettre, les cantons critiquaient le manque de transparence de l'entreprise, ses offres voilées et ses comptes empêchant toute évaluation de la véritable situation financière.

Colère de sous-traitants

Autant de révélations qui enragent les sous-traitants de CarPostal. La filiale de La Poste compte 2400 employés mais elle fait également recours à des prestataires privés. Dans toute la Suisse, il s'agit de 150 entreprises et de 1700 personnes. Des entrepreneurs qui se battent depuis des années pour chaque centime, comme le raconte l'Aargauer Zeitung.

CarPostal Suisse SA leur paie depuis 20 ans un montant inchangé de 60 centimes par kilomètre, ne répercutant pas l'inflation dans ses tarifs. Durant cette période, les coûts de maintenance mécanique pour les prestataires sans atelier sont passés de 95 à 150 francs.

Les exploitants privés de bus postaux sont représentés par l'association Bus CH, présidée par le conseiller national Walter Wobmann (UDC/SO). Ce dernier fulmine, affirmant que «nous avons été pressés comme des citrons durant des années».

Si CarPostal avait distribué ses bénéfices illégaux, peut-être que les sous-traitants auraient fermé les yeux, admet-il. Mais ce n'est pas le cas, d'autant plus que la filiale de La Poste prétendait souffrir d'un manque de ressources et qu'elle laissait dépérir des entreprises familiales.

(smk/nxp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Ah ah le 08.02.2018 10:02 Report dénoncer ce commentaire

    Demmissionnez iilico presto!

    Demission!

  • silver le 08.02.2018 10:09 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    societé corrompue

    eh dire que bcp crevé de faim qui perçoivent moins de 3000.- /mois. et ceux que bcp d argent qui servent à rien seulement à s enrichir . il y a pas d égalité entre humain......

  • Yédy le 08.02.2018 10:35 Report dénoncer ce commentaire

    N'as plus rien à faire là

    Loin du bal, elle ne fait rien de positif et elle coute très chère: à la porte sans parachute. Fossoyeuse de poste!

Les derniers commentaires

  • Michau le 16.02.2018 01:20 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Bonus

    Vu que le bénéfice était falsifié, es ce que les dirigeants doivent redonner les bonus reçus ??????

  • Jos Pa le 10.02.2018 12:15 Report dénoncer ce commentaire

    Iceberg financier

    Elle est encore en poste. Elle a une bonne protection à Berne. Un cas connu pour en cacher dautres par des artifices comptables. Bravo pour lincompétence. Et y a-t-il beaucoup de cas similaires (prêts aux stés privées qui entretiennent les autoroutes et qui font durer les travaux par exemple).

  • pupuce le 10.02.2018 09:18 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    stop

    C'est oui à non billag et c'est non à L'IFD et non à TVA quant on voit ou passe notre fric !

    • dégoûté le 10.02.2018 18:27 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      oui à no billag et non à l"ifd

      les directions de tous ces groupes privatisé (poste,cgt etc y compris la TSR sont nommés par leurs copains politiques qui leur doivent des retours d'ascenseur et qui espèrent occuper leur poste hyper bien payé une fois viré de leur mandat politique. Quand on entend Berset élever la voix contre des chirurgiens qui sauvent des vies et trouve normal les salaires à 1million des dirlos incompétents et malhonnêtes nommés par le CF et payés avec NOS impôts il devrait avoir honte. Il se fichent de nous. Marre de cette politique de requins qui se remplissent les poches, dilapident notre argent et nous manipulent. Il faut voter non à la tva et ifd. Ils ont le temps d'ici 2020 de refaire une votation en "séparant " comme cela ce doit, ifd et tva. L'IFD était temporaire et ne sert plus qu'à remplir leurs poches et leurs goûts de luxe. La TVA par contre est plus juste. C'est le consommateur payeur. Et un grand oui à la suppression de la redevance de ces manipulateurs qui s'enrichissent indûment, nous mentent et nous propose des programmes majoritairement bidon. Les petites PME qui devront payer au chiffre d' affaires pour compenser la baisse à 365 frs n' ont pas les moyens. Chiffre d'affaires ne veut pas dire bénéfice et elles ont peu de valeur ajoutée contrairement aux grandes entreprises. Elles prendront cette excuse pour ne pas augmenter les salaires. Et avec la hausse des prix du pétrole et du gaz donc du chauffage et des transports cela s'annonce déjà invivable pour beaucoup de citoyens, en plus des hausses des primes maladie et et l'augmentation de 1% du taux d'impôts dans beaucoup de communes. STOP trop C'est trop. Basta

    • Dann le 11.02.2018 07:57 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @dégoûté

      Vous avez résumé par des explications très claires ce qu'est en raccourci le "pizzo". Le pizzo est une redevance occulte, une menace de disparition de tout commerce en cas de non paiement. Dans les régions contrôlées par les Mafias, ces prélèvements tombent dans le domaine de la criminalité. Chez nous le pizzo s'apelle Billag et c'est légal. N'y a t-il pas également des odeurs nauséabondes de menace de disparition de la TV si cette taxe immonde est rejetée ? Je vous laisse comparer. Donnons cet argent à la presse écrite, ça serait bien plus utile et justifiable. Bon dimanche.

  • zigouille le 10.02.2018 09:15 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    scandale

    Incroyable et dire que cette FEMME touche 1 million par année ! Merci la poste et nos supers élus ! A-t-on encore un gouvernement !

    • dégoûté le 10.02.2018 18:33 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      c'est le gouvernement qui

      l'a élue. C'est leur copine elle ne risque rien. Si elle démissionne elle sera nommée directrice d'une autre institution publique avec quelques centaines de millions à la clef. C'est comme cela que fonctionne notre gouvernement

  • marcValais le 09.02.2018 22:47 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Service public

    Vous avez l exemple du service public. À réfléchir avant de voter NO Billag ....

    • Mario le 08.03.2018 12:56 Report dénoncer ce commentaire

      Vaches laitières

      La poste de fait plus son travail de base et elle continue à recevoir des subventions payées par le peuple suisse. C'est bientôt fini. Qu'elle soit rassurée...