Suisse

21 février 2019 19:32; Act: 21.02.2019 19:32 Print

L'alcoolisme des seniors pose problème aux EMS

par Christine Talos - Le personnel soignant est de plus en plus confronté à des pensionnaires dépendants. Sans vraiment savoir comment réagir et gérer les cas.

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Quelque 6% des plus de 65 ans sont alcooliques, selon des chiffres parus pour l'année 2017. (Photo: Keystone)

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Selon une étude publiée par Addiction Suisse il y a un an, 7,5% des seniors ont une consommation d'alcool problématique. Deux tiers ont une consommation installée de longue date et un tiers se met à boire lors du passage à la retraite. Et plus ils vieillissent, plus la consommation devient fréquente.

Or beaucoup d'entre eux sont pris en charge dans les maisons de retraite ou par les services de soins à domicile. Et cela pose de plus en plus de problème, souligne jeudi le «Tages-Anzeiger».

Une étude encore inédite de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) le démontre: les personnes âgées ayant des problèmes d'alcool surchargent les institutions. Car non seulement elles se mettent en danger, mais elles deviennent aussi pénibles voire violentes envers le personnel soignant et harcèlent les autres pensionnaires. Hic: les institutions ne savent pas toujours comment réagir.

Listes d'attente

En outre, plusieurs facteurs accentuent le problème, selon l'OFSP. D'une part, il y a de plus en plus de seniors en Suisse, ce qui augmente le nombre de retraités alcooliques en EMS. D'autre part, de nombreuses cliniques psychiatriques ont fermé leurs services de longue durée. Ce qui entraîne un surcroît de travail et de frais pour les maisons de retraite et les soins à domicile. Par ailleurs, si les institutions spécialisées peuvent parfois soulager ces derniers, nombre d'entre elles ont des listes d'attente et ne peuvent pas accepter les personnes dépendantes.

Domenic Schnoz, co-auteur de l'étude de l'OFSP, le constate: «la dépendance à l'alcool chez les personnes âgées a été longtemps taboue ou minimisée». Pour lui, les structures des institutions ne sont souvent pas prêtes pour affronter ce problème, pire, ce sujet figure loin derrière leurs priorités, souligne-t-il. Il estime donc qu'il faudrait mettre sur pied un plan d'action commun sur la façon dont personnel soignant doit gérer et traiter l'alcoolisme au quotidien.

Contrôle social

Un alcoolisme facilement repérable en EMS en raison du «contrôle social» des autres résidents, mais qui est nettement moins visible chez les personnes qui vivent encore chez elles. Celles-ci arrivent facilement à cacher leur dépendance derrière un autre cortège de maux, mais le vrai problème demeure, explique la psychothérapeute Petra Bald qui exerce dans un centre spécialisé pour l'alcool à Zurich.

Elle rappelle que souvent les personnes âgées n'ont plus de structures auxquelles s'accrocher et souffrent d'un manque de relations humaines, ce qui les pousse vers l'alcool. En outre, affirme la spécialiste, l'âge favorise la dépendance. Plus le corps vieillit, moins il contient d'eau et plus l'effet de l'alcool est fort. En outre, le foie a besoin de plus de temps pour éliminer l'alcool qui reste plus longtemps dans le corps.

(nxp)