Suisse

26 février 2010 17:07; Act: 26.02.2010 20:54 Print

L'appel au «jihad» de Kadhafi agace

Les réactions vendredi à l'appel au «jihad» contre la Suisse par le numéro un Libyen la veille ont parfois agacé, les musulmans helvétiques notamment, ainsi que la France propos «inadmissibles» - et l'Europe. Berne, qui pourrait juridiquement saisir le Conseil de sécurité, joue l'indifférence.

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«C'est contre la Suisse mécréante et apostate qui détruit les maisons d'Allah que le jihad doit être proclamé par tous les moyens», a dit jeudi le colonel Kadhafi dans un discours à Benghazi à l'est de la Libye l'occasion de la fête du Mouloud qui commémore la naissance du prophète Mahomet. Les Suisses ont accepté fin novembre une initiative interdisant la construction de minarets.

«C'est vraiment n'importe quoi. S'il y a problème, il doit être résolu par le dialogue. Kadhafi est hors contexte. Il ne vit pas sur notre planète, il n'est pas du tout crédible», a réagi vendredi le secrétaire de l'Institut culturel musulman, Moahmed Karmous, interrogé par l'ATS.

«L'appel de Kadhafi n'a rien à voir avec l'islam», a réagi de son côté Bachir Gobdon, de l'association culturelle somalienne de Zurich. «Cet appel n'est pas tolérable, nous ne voulons rien avoir à faire avec cela», a-t-il ajouté. L'imam de la Mosquée de Genève a également «condamné totalement» le discours du Guide libyen.

Condamnation à l'ONU et en Europe

Sur le plan politique, les Nations unies et l'UE ont unanimement condamné le discours libyen. «De telles déclarations de la part d'un chef d'Etat sont inadmissibles sur le plan des relations internationales», a déclaré le directeur général de l'ONU à Genève Sergei Ordzhonikidzele.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a trouvé «dommage» que la querelle entre la Suisse et la Libye ait abouti à une telle escalade. M. Ban «croit fortement que les divergences d'opinion doivent être résolues pacifiquement par le dialogue», a déclaré son porte-parole Martin Nesirky, en réponse à une question lors d'un point de presse.

Pour Paris, l'appel du dirigeant libyen constitue des «propos inacceptables», et pour Bruxelles, ces propos «arrivent à un moment inopportun au moment l'Union européenne travaille intensément avec la Suisse pour parvenir à une solution diplomatique» à la crise entre la Suisse et la Libye.

A Rome, un léger vent de panique a soufflé du côté des Affaires étrangères. Le chef de la diplomatie italienne Fraco Frattini a appelé au calme: «Ce n'est ni dans l'intérêt de l'Europe, ni dans celui de l'Italie de créer des conditions qui aggravent la situation», a-t-il dit.

Evoquant les propos de Mouammar Kadhafi jeudi et la demande libyenne à l'ONU de mettre à l'ordre du jour de l'Asssemblée générale la dissolution de la Suisse en automne dernier, le professeur de droit international Marcelo Kohen considère que «ces actes sont graves».

La Suisse «pas totalement blanche»

«Il existe une menace contre la Suisse. Elle peut effectivement saisir le Conseil de sécurité et lui demander de prendre les mesures nécessaires dans le contexte de ses compétences pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales», affirme ce professeur à l'Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève.

M. Kohen épingle toutefois la Suisse, qui «n'est pas totalement blanche». Il pointe du doigt l'affaire des photos d'identité judiciaires d'Hannibal Kadhafi prises par la police durant sa détention à Genève en juillet 2008 et publiées par la «Tribune de Genève».

«Si une enquête ouverte contre l'auteur de la fuite ne donne rien, (...) il y a une autorité responsable qui doit faire face», juge Marcelo Kohen. Interrogé par l'ATS, le Département des affaires étrangères (DFAE) n'a pas souhaité faire de commentaires.

Les relations entre Berne et Tripoli se sont nettement détériorées à la suite de l'interpellation musclée, en juillet 2008 à Genève, d'un des fils du colonel Kadhafi, Hannibal, sur une plainte de deux domestiques l'accusant de mauvais traitements. Peu après, les autorités libyennes avaient arrêté deux Suisses, dont l'un, Max Göldi, est toujours retenu en Libye.

(ats)