Affaire Pilatus

09 décembre 2008 12:07; Act: 09.12.2008 14:49 Print

L'image de la Suisse ternie

L'affaire Pilatus a contribué à décrédibiliser la politique de neutralité de la Suisse et à affaiblir sa position sur la scène diplomatique internationale.

Une faute?

Telle est une des principales conclusions du mémoire de licence que vient de publier Jean-Marie Pellaux.

Il n'y pas de nouvelles révélations dans ce mémoire d'histoire contemporaine de l'Université de Fribourg portant sur les années 1978-1985. Le travail de recherche de M. Pellaux éclaire cependant tout un pan diplomatique de l'affaire qui était peu connu jusqu'à présent.

L'historien a eu accès à de nombreux documents auprès de la Berne fédérale, en particulier au Département fédéral de la défense et aux Affaires étrangères. Le tout muni d'autorisations en bonne et due forme puisque le délai de 30 ans rendant les documents accessibles n'était pas encore écoulé.

Risques diplomatiques

Selon l'historien, la Suisse a laissé se détériorer ses relations avec certains pays, notamment arabes, pour maintenir et favoriser les exportations de Pilatus. Pour ce faire, «le Conseil fédéral a été prêt à dissimuler certaines informations capitales, à adopter un discours incohérent, à manipuler l'opinion publique et à violer l'esprit de la loi sur le matériel de guerre».

Les considérations de politique étrangère, telles la neutralité ou la politique des droits de l'homme, n'ont pas pesé lourd face aux considérations d'ordre stratégique, idéologique et commercial, a-t-il expliqué mardi devant la presse.

Investigations de la presse

L'affaire Pilatus éclate en 1978, lorsque le journaliste Ariel Herbez révèle dans «Tout va bien Hebdo» que le nouveau modèle PC-7 Turbo-Trainer mis en vente par Pilatus est muni de points d'ancrage sous les ailes lui permettant après quelques modifications d'emporter des bombes.

Et donc d'être transformé en matériel de guerre digne de son surnom de «bombardier du pauvre», ce qu'officiellement il n'est pas. Le PC-7 est un biplace équipé d'un turbo propulseur Pratt & Whitney. A sa sortie d'usine en 1978, il possède six points d'ancrage sous les ailes.

«Du foin pour les animaux en détresse»

Aux yeux de Berne, l'exportation de tels engins ne contrevient pas à la loi sur le matériel de guerre. Pour le Département militaire fédéral de l'époque, les points d'accrochage servent à prendre des charges, et de citer du foin pour les animaux en détresse en montagne ou des appareils de sauvetage.

Au cours des années passées sous revue par l'historien, l'affaire connaîtra de nombreux rebondissements dont la révélation par Roger de Diesbach, en 1984 dans le «Matin», de l'existence d'un prospectus de la maison nidwaldienne expliquant à ses clients la marche à suivre pour armer leur biplace. Dernier rebondissement en date: l'usage fait par le Tchad du PC-9.

(ats)