Suisse/Libye

19 juin 2019 10:09; Act: 19.06.2019 11:37 Print

L'armée nationale libyenne recherche l'imam biennois

par D. Pomper/D. Krähenbühl/R. Lieberherr/ofu - La force paramilitaire ANL accuse Abu Ramadan – qui avait défrayé la chronique en Suisse pour avoir tenu des propos haineux lors d'un prêche – d'être un terroriste. Le prédicateur rejette en bloc les accusations.

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«Vous voyez ce criminel ici?», a demandé en avril dernier le colonel de l'armée nationale libyenne (ANL), Ahmed El-Mismari, lors d'une conférence de presse diffusée par Sky News Arabia. Il faisait alors allusion à Salah Ramadan Al Fitouri Salem. En Suisse, cet imam biennois est plus connu sous le nom d'Abu Ramadan. Il avait défrayé la chronique en 2017 pour avoir tenu des propos haineux lors d'un prêche (lire l’encadré).

Selon l'ANL, une force paramilitaire dirigée par son chef autoproclamé, le maréchal Khalifa Haftar (lire l’encadré), l'imam biennois est un «dangereux terroriste». «Nos forces armées le recherchent activement», a expliqué à la presse Ahmed El-Mismari. Concrètement, l'ANL lui reproche d'être membre d'al-Qaïda et d'avoir participé à des opérations en Syrie.

«C'est un mensonge»

Abu Ramadan s'est exprimé sur ces accusations par le biais du Conseil central islamique suisse: «Les affirmations selon lesquelles je suis un mufti officiel d'al-Qaïda et un terroriste sont fausses. Je n'ai pas non plus participé à des opérations en Syrie. C'est un mensonge.» Il pense plutôt qu'il «dérange» l'ANL pour s'être engagé «activement, mais sans violence» contre le régime de Kadhafi, à l'époque où il se trouvait en Libye. Aujourd'hui, précise Abu Ramadan, il ne pourrait plus se rendre en Libye sans craindre pour sa vie. Pour finir, l'imam biennois précise avoir signalé l'enregistrement de la conférence de presse à la police municipale de Bienne en mai dernier pour mettre les choses au clair.

Peter Regli, ancien chef du service de renseignement de la Confédération, estime que ces accusations sont à prendre avec des pincettes. «Le gouvernement d'union nationale, soutenu par l'ONU, siège à Tripoli. Mais dans le reste du pays, c'est le maréchal Haftar qui règne. C'est aussi lui qui possède la plupart des sources de pétrole. Il est évident que ses affirmations sont motivées politiquement.»

Pas d'extradition au cours des trente dernières années

Contacté, l'Office fédéral de la justice (OFJ) n'a pas voulu dire dans quelle mesure les informations communiquées par l'ANL allaient donner lieu à des investigations en Suisse. L'office explique qu'il n'existe aucun accord d'extradition et d'entraide judiciaire entre la Suisse et la Libye. L'OFJ précise cependant qu'une collaboration avec un État tiers reste tout à fait possible, même sans accords, dans la mesure où les droits de l’homme sont respectés et que la personne extradée ne risque pas la peine de mort. Pour finir, l'Office fédéral de la justice précise n'avoir extradé personne vers la Libye au cours des trente dernières années.

Beat Stauffer, directeur biennois de la sécurité, n'a quant à lui pas pu s'exprimer sur l'affaire en question parce qu'il ne dispose pas des informations nécessaires. Il tient cependant à préciser que les autorités municipales ne cessent de surveiller tous les développements concernant l'extrémisme et la violence en ville de Bienne. Il se dit par ailleurs convaincu que les autorités fédérales observent d'ores et déjà ce dossier de près.