Revenu de base inconditionnel

05 juin 2016 16:45; Act: 05.06.2016 18:09 Print

L'initiative a été rejetée massivement à 76,9%

Le revenu de base inconditionnel (RBI) n'a pas su convaincre les Suisses, ce dimanche 5 juin.

Sur ce sujet
Une faute?

L'idée d'un revenu de base versé à tous n'a pas du tout séduit les Suisses. Ils ont été 76,9% à rejeter dimanche cette initiative populaire lancée par un comité de citoyens sans appartenance politique. Tous les cantons ont largement enterré le texte, qui n'a eu que quelques soutiens à gauche.

Les opposants au revenu de base inconditionnel (RBI) évoquent une «claque». Ses défenseurs ne le voient pas du même oeil: ils estiment avoir remporté une «victoire d'étape» qui a permis de faire connaître le revenu universel.

«Une personne sur cinq a voté pour le RBI»

«On est très contents», a déclaré dimanche à l'ats Ralph Kundig, coordinateur romand des initiants, rappelant que ces derniers sont partis de très loin. Pour Sergio Rossi, professeur d'économie membre du comité de soutien, il faut voir le verre à moitié plein. «Une personne sur cinq a voté pour le RBI, il s'agit déjà d'un succès».

L'initiative «Pour un revenu de base inconditionnel» voulait offrir à l'ensemble de la population la possibilité de mener une existence digne et de participer à la vie publique. La Confédération aurait dû instaurer un revenu de base, versé sans contrepartie à chacun dès la naissance. Les étrangers y auraient aussi eu droit, moyennant un délai de résidence à définir.

Tôt ou tard

L'important, au-delà du vote, est que les citoyens commencent à réfléchir à la proposition, «une idée qu'il faudra tôt ou tard mettre en oeuvre», d'après Sergio Rossi. Il y a d'ailleurs une dynamique favorable, remarque Ralph Kundig: «Nous savons que certains partis ont prévu des séances de travail sur le sujet», se réjouit-il. Membre du comité d'initiative, Daniel Häni se dit aussi «positivement surpris», lui qui tablait sur 15% des voix.

Le montant du revenu de base n'était pas fixé dans le texte. Les initiants, dont l'ancien vice-chancelier de la Confédération Oswald Sigg, proposaient 2500 francs par mois pour adultes et 625 francs pour les moins de 18 ans.

Le projet devait compenser les emplois qui disparaîtront ces 20 prochaines années à cause du développement technologique. Selon l'Office fédéral des assurances sociales, un revenu de base pour tous aurait coûté au total 208 milliards de francs.

Expérimentation dangereuse

Seuls les Verts et quelques socialistes ont soutenu ce texte qui a plutôt embarrassé les syndicats. Le PS craignait que le revenu de base ne se transforme en dumping salarial généralisé. De l'avis du Conseil fédéral, l'idée était «généreuse mais utopique».

Le comité interpartis opposé au revenu universel a évoqué «une dangereuse expérimentation» qui met en jeu des valeurs suisses comme le travail et la responsabilité individuelle. Des craintes partagées par 1,8 million de Suisses qui ont glissé un «non» dans l'urne, alors que 568'900 citoyens ont dit «oui». Tous les cantons ont largement rejeté le texte.

«La plupart des citoyens ne sont pas prêts à une expérimentation aussi radicale»

«C'est une sacrée claque», a estimé Yannick Buttet, membre du comité interpartis. Les problématiques soulevées par l'initiative étaient légitimes, mais la solution n'était pas réaliste. Le revenu de base est maintenant enterré, «une bonne nouvelle» pour le conseiller national (PDC/VS).

Selon Susanne Leutenegger Oberholzer, également membre du comité interpartis, ce rejet clair montre que la population ne veut pas se lancer dans une expérience avec les assurances sociales. La conseillère nationale (PS/BL) estime que les questions importantes, notamment le mode de financement et le montant du revenu de base, étaient floues.

D'après le conseiller national Marcel Dobler (PLR/SG) «la plupart des citoyens ne sont pas prêts à une expérimentation aussi radicale». Un cinquième des votes représente un très faible soutien, note le membre du comité interpartis, content que l'idée soit enterrée.

Romands moins hostiles au RBI

L'opposition la plus forte est venue du demi-canton d'Appenzell Rhodes-Intérieures, avec 87,4% de «non». Les moins hostiles ont été les Bâlois de la ville (64%), talonnés par les Jurassiens (64,2%). Suivent les cantons de Genève (65,3%), Neuchâtel (68,8%), Vaud (75,3%), Fribourg (75,9%), Berne (77,1%), le Tessin (78,1%) et le Valais (80,8%).

(cht/nxp)

L'espace commentaires a été désactivé
L'espace commentaires des articles de plus de 72 heures est automatiquement désactivé en raison du très grand nombre de messages que nous devons valider sur des sujets plus récents. Merci de votre compréhension.

Les commentaires les plus populaires

  • Bernard le 05.06.2016 15:36 Report dénoncer ce commentaire

    Mauvaise campagne..

    On ne peut pas arriver et proposer 2500.- pour tout le monde sans détailler le fonctionnement du RBI. Il fallait tout simplement montrer que le système allait faire économiser de l'argent. Pas d'AVS, pas d'AI, pas de social, pas de subsides et récupération des dettes. Tout ça en injectant cette somme dans le circuit allait balancer le système actuel. Mauvaise campagne et obligé d'y revenir dans quelques années car les nouvelles technologies vont faire perdre environs 20 milles emplois par années.

  • Cool story le 05.06.2016 15:25 Report dénoncer ce commentaire

    Le meilleur des mondes (des naïfs)

    Le plus triste dans cette histoire, c'est le sondage qui indique que les opposants (donc 4 personnes sur 5) croient que ça va ouvrir un débat. On lit pourtant déjà "le projet du rbi est bien enterré". Félicitation aussi aux journaux qui ont orienté le débat sur "Combien d'argent par mois cela fait-il ?", alors que ça n'a jamais été le sujet du vote. Rendez-vous aux prochaines votations pour repousser l'âge de la retraite encore et toujours. (Car oui, c'est exactement ce que va proposer le conseil fédéral)

  • Steph2 le 05.06.2016 15:19 Report dénoncer ce commentaire

    We all love big brother

    Tout le monde se plaint du système, de ses inégalités, du fait que certaines banques ont de l'argent gratuit. Et quand enfin on a l'occasion de changer ce paradigme on ne le fait pas. Je pense que les gens ne comprennent pas bien ce qu'est concrètement l'argent. Il ne représente plus du tout une quantité de travail. Si les gens étaient mieux informés à ce sujet, ils ne diraient pas non à cette loi sous prétexte qu'il faut travailler pour avoir de l'argent. Quant aux profiteurs, ils y arrivent déjà avec le système actuel, alors...

Les derniers commentaires

  • John Doe le 06.06.2016 11:47 Report dénoncer ce commentaire

    Maintenant donnez-nous un travail décent

    Je tiens à remercier les 23,1% de votants qui ont glissé le Oui dans l'urne! Sur l'ensemble de la population vivant en Suisse, celà représente tout de même 1 million 900 mille personnes, suisses et étrangères vivant et travaillant en Suisse qui demeureront aidées par la Confédération, soit par l'AVS, l'AI, l'Aide Sociale, l'Assurance-Chômage et les prestations complémentaires( subsides maladies et aides diverses). Tous ces gens qui ne peuvent plus vivre dignement auraient pu en bénéficier! Maintenant, à tous ceux qui ont rejetés l'initiative de nous donner un travail et un salaire décent!

  • Onestbiencheznous le 06.06.2016 11:02 Report dénoncer ce commentaire

    Devinette

    Qui suis-je? Je refuse une semaine de vacances supplémentaire par année, je refuse une augmentation du congé paternité, je refuse le principe d'un rbi, j'accepte que mon pays vende des armes à des pays "douteux", je refuse de voir plus loin que les 10 prochaines années, je me fais rouler par les lobbyistes de la pharma ou des assurances maladie, je regarde le prix des CFF augmenter sans réagir, je suis.... je suis.... je suis suisse!!

  • moise le 06.06.2016 10:53 Report dénoncer ce commentaire

    et les assurances

    quand les suisses vont se ils se réveiller contre les assurances il est temps de s`attaquer aux assurances qui nous prennent trop tous les mois ca c`est un problème. Toujours payer plus pour être mal soigné

  • DERUNGS Claude le 06.06.2016 10:33 Report dénoncer ce commentaire

    Crainte réflexe .

    La campagne en faveur du RBI manquait d'arguments chiffrés, mais très vraisemblablement ce n'est que partie remise...Ceux qui ont répondu par un non rèvent debout, car il est bien évident qu'au train oû vont les choses il y aura de moins en moins de travail en ce bas monde. Les Suisses ont sans nul doute raté hier, une belle occasion de démontrer leur réalisme dans le domaine de l'économie.

  • c.d.s le 06.06.2016 09:19 Report dénoncer ce commentaire

    Cher parce que le Suisse paye...

    Avec un RBI, notre pouvoir d'achat aurait paradoxalement... baissé. En effet, n'importe quel quidam, qui fait du business en Suisse, sait qu'en Suisse tout est plus cher, parce que le Suisse a les moyens de payer. Létablissement d'un RBI aurai fait profiter à gestionnaires de loisirs (parcs, cinémas, organisations de concerts, piscines ou tout autre artisan de loisir) de faire monter ses prix en flèche. Les prix s'adaptent à ce que nous payons. Plus d'argent, plus de prix élevés. Des loisirs à prix démentiels n'auraient pas profité à la classe moyenne, qui serait dans la même position.

    • Nico le 06.06.2016 10:26 Report dénoncer ce commentaire

      Faux

      Les prix naugmentent pas en cas de simple redistribution des richesses !

    • jedipa le 06.06.2016 11:17 Report dénoncer ce commentaire

      Cher c.d.s

      Avant de se payer des loisirs, il faut pouvoir finir le mois... Et dire que l'on a supprimé la taxe sur les spectacles....