Salaires des managers

20 juin 2011 15:36; Act: 20.06.2011 16:01 Print

La mentalité du «self-service» de retour

La crise n'a rien changé: une fois passée, les écarts salariaux entre top-managers et employés de base ont repris l'ascenseur au sein de nombreuses entreprises, dénonce Travail.Suisse.

Une faute?

Selon Travail.Suisse, les hauts salaires sont de retour dans les entreprises suisses. Si ces «abus» continuent, les citoyens soutiendront des initiatives drastiques, prévient le syndicat.

Pour sa septième analyse des salaires des managers, Travail.Suisse constate qu'après une brève rémission en 2008 et 2009 les entreprises qui ont vu les écarts salariaux s'accroître en 2010 sont aussi nombreuses qu'avant la crise. «La folie ordinaire» continue comme avant, a critiqué lundi devant la presse réunie à Berne Martin Flügel, président de la faîtière syndicale.

Certes, l'ampleur des écarts s'est quelque peu réduite l'an dernier, a-t-il indiqué. Credit Suisse et UBS notamment ont revu leur politique de bonus et d'indemnités. Par exemple, le patron du Credit Suisse Brady Dougan n'a gagné «que» 12,8 millions de francs contre 90 millions en 2009 à la faveur d'actions datant d'avant la crise.

Il n'empêche, ces écarts restent «indécents», selon Martin Flügel. Qui souligne également que, dans 16 des 27 sociétés ou groupes scannés par Travail.Suisse, les différences entre le salaire le plus bas et le salaire moyen d'un membre de la direction ont augmenté. Il s'agit de Georg Fischer, Swatch Group, Ascom, Swiss Life, Nestlé, Bobst, Ruag, Lindt & Sprüngli, La Poste, Lonza, Swisscom, Clariant, Helvetia, Migros, ABB et Valora.


Georg Fischer au pilori


Georg Fischer est l'entreprise qui a connu en 2010 la plus forte progression d'écart de revenus, selon l'organisation syndicale. La différence est passée de 1:14 à 1:20, soit une hausse de 45%.

Une situation d'autant plus dérangeante selon Suzanne Blank, responsable de la politique économique de Travail.Suisse, que le chiffre d'affaires et le bénéfice du groupe industriel schaffhousois stagnent encore bien au-dessous du niveau d'avant la crise. Elle a également noté que, des 2000 places de travail biffées lors de la crise, seules 400 ont été rétablies l'an dernier.


«Cartel des salaires»


Comme l'an passé, Travail.Suisse a dénoncé le «cartel des salaires», soit ce groupe de managers qui gagnent au moins 100 fois plus que leurs collaborateurs. Ce dernier compte 46 patrons et membres de conseil d'administration répartis dans 10 entreprises.

Sur la plus haute marche de ce podium se trouve Antonio Quintella, directeur de Credit Suisse pour l'Amérique du Nord et du Sud. D'après Travail.Suisse, il a touché l'an dernier 15,6 millions de francs, soit 313 fois plus que le salaire le plus bas de 50'000 francs.


Initiative 1:12


Pour mettre fin à cette situation, et puisque «l'autorégulation a échoué», le président de Travail.Suisse a réclamé diverses mesures: limitation des bonus à un mois de salaire, interdiction des indemnités d'embauche et de départ, imposition des bonus à partir d'un million de francs, vote des actionnaires sur les salaires de la direction et du conseil d'administration et représentation des salariés dans ce dernier.

Si rien n'est entrepris, «l'irrationalité et l'égocentrisme» des managers vont se retourner contre eux, a prévenu Martin Flügel. Dans un climat social de plus en plus tendu, les citoyens, qui ont perdu la confiance qu'ils avaient dans le modèle économique suisse, soutiendront des initiatives comme celle des Jeunes socialistes, qui propose de fixer à 1:12 l'écart entre le salaire le plus bas et le plus élevé.

Car s'il se dit idéalement d'accord avec ce texte, le président de Travail.Suisse ne le juge toutefois «pas optimal». Pour l'ensemble des entreprises, cette règle du 1:12 peut s'avérer trop restrictive, a estimé Martin Flügel qui préfère donc pour l'heure agir par d'autres moyens.

(ats)

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Les commentaires les plus populaires

  • réveilletoialice le 21.06.2011 06:08 Report dénoncer ce commentaire

    Fausse démocraties

    "Nos" élus montrent une fois de plus à qui ils obéissent...

  • Grincheux le 20.06.2011 18:02 Report dénoncer ce commentaire

    On ne nous y reprendra plus

    Pendant la crise l?UBS faisait amande honorable. Qu'en est-il aujourd'hui? C'est reparti de plus belles et pire encore. Chassez le naturel, il revient ua galop

  • Alain Deloin le 20.06.2011 21:37 Report dénoncer ce commentaire

    Amen

    Pourquoi la mentalité aurait changée??Ils savent que l'êtat les sauvera coûte que coûte (voir les banques)alors c'est repartie pour un tour exactement comme avec les guerres!!!Et avec un peu de chance la prochaine fois,nous aurons les deux (une guerre économique mondiale)!!!

Les derniers commentaires

  • Quantum le 21.06.2011 07:51 Report dénoncer ce commentaire

    Les erreurs du passé

    De plus on n'arrête pas de nous rabacher qu'il faut connaître l'histoire pour ne pas répéter les mêmes erreurs... et pourtant, on répète toujours les mêmes erreurs! Alors cherchez l'erreur ^^ A quand la révolution citoyenne?

  • Top Manager le 21.06.2011 07:39 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Appât du gain

    Et si vous étiez vous- même l'un de ces grands managers? Refuseriez- vous un tel salaire? Nous sommes tous les mêmes... C'est dans la nature humaine. Il faut arrêter de faire passer ces personnes pour des voyous... N'oubliez pas que c'est aussi grâce à leurs entreprises que les Suisses ont le plus fort taux de pouvoir d'achat au monde... Ils contribuent fortement au développement économique du pays.

    • alicetuglisse le 22.06.2011 06:00 Report dénoncer ce commentaire

      non mais...?!

      Et vous...cessez de prendre tout le monde pour des crapules de la sorte!Leur argent pourri, ils peuvent se le garder!!!

  • Le Capitaliste le 21.06.2011 06:30 Report dénoncer ce commentaire

    Excellente nouvelle

    Une bonne nouvelle d'apprendre de si bon matin, que le directoire de nos multinationales ultra-compétitives à haute valeur ajoutée, créatrices d'emplois et finançant notre si bonne économie sociale de marché à coût de miliards d'impôts chaque année, gagne 20 ou 30 fois plus que la personne, certes nécessaire à ces même multinationales, qui ont pour besogne d'effectuer travaux de conciergerie ou autres entretiens. Vive le capitalisme tel qu'il l'est actuellement!

  • réveilletoialice le 21.06.2011 06:08 Report dénoncer ce commentaire

    Fausse démocraties

    "Nos" élus montrent une fois de plus à qui ils obéissent...

  • Lola le 20.06.2011 23:30 Report dénoncer ce commentaire

    Pays totalitaire

    On peut bien critiquer les régimes totalitaires, mais la Suisse avec ces politiques corrompus par les managers des lobbys de toutes sortes, implantés dans la cour du Palais Fédéral, ne vaut pas mieux qu'eux! Faire crever le peuple sous les impôts et les taxes à n'en plus finir alors que la diaspora s'empiffre de pognon est indécent. Le printemps arabe peut très bien arriver ici aussi.

    • Jack le 21.06.2011 11:09 Report dénoncer ce commentaire

      Peine perdue

      Mais Lola, une révolution en Suisse ne se fera jamais!Chaque petit Suisse s'occuppe de ses petites affaires, essaie au mieux de s'en sortir, ce qui arrive à son voisin, il s'en fout!Il n'y a plus de tissu social, plus de contact, tout le monde se sent concerné mais pense que c'est les autres qui feront le premier pas, on a tous peur que notre situation personnel ne se détériore ensuite.Merci capitalisme!