Justice

21 mai 2019 19:28; Act: 21.05.2019 19:28 Print

La plupart des victimes de viol ne portent pas plainte

par Pauline Rumpf - Une femme sur cinq a subi des actes sexuels non consentis. Amnesty International demande que la loi soit adaptée

Amnesty International a lancé mardi une campagne au sujet des agressions sexuelles et de la notion de consentement. En même temps, elle a publié une étude menée par l'institut GFS indiquant que le nombre de victimes est bien plus élevé que ce que montrent les statistiques de la criminalité.
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Elle a beau refuser, pleurer, demander que cela cesse: si une femme ne peut pas prouver qu’elle s’est physiquement débattue, la justice ne peut pas conclure à un viol et punir l’auteur en conséquence. Citant un arrêt du Tribunal fédéral de 2010, Amnesty International rappelait hier l’absence de la notion de consentement dans la loi, conduisant le plus souvent à une condamnation pour contrainte sexuelle, soit à une petite peine ou à du sursis. L’ONG a donc lancé une pétition, adressée à la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, pour changer le Code pénal, en révision à Berne.

«Parole contre parole» toujours difficile à trancher

«La paralysie du choc, qui peut toucher une victime d’agression sexuelle, est ignorée, précise Manon Schick, directrice d’Amnesty Suisse. On ne dit pas qu’il y aura plus de condamnations, car les cas de «parole contre parole» restent difficiles à trancher. Mais au moins, les victimes de viol se sentiront reconnues.»

Selon une enquête de l’institut GFS publiée hier, 22% des femmes ont subi des actes sexuels non consentis et 12% ont eu un rapport contre leur volonté. Pourtant, la moitié des victimes n’en ont jamais parlé, et seules 8% ont porté plainte. «Dans les foyers d’aide aux victimes, on leur déconseille parfois d’aller voir la police, ajoute Manon Schick. Car on sait qu’au bout d’un processus pénible, la justice risque de nier ce qu’elles ont vécu. Pas par manque d’empathie, mais d’une base légale solide. Cette lacune limite aussi le travail de la police et la prévention auprès des jeunes.»

Révision du Code pénal déjà en cours

La situation helvétique est proche de celle du reste de l'Europe. Toutefois, rappelle Amnesty, la Suisse est signataire depuis un an d'un accord exigeant la pénalisation du viol. Une analyse juridique estime que son droit n'y est pas conforme. De plus, 8 pays sur 31 étudiés ont fait entrer la notion de consentement dans leur législation, dont l'Allemagne, la Suède ou le Royaume-Uni. Ce dernier a fait le buzz avec une campagne humoristique pour expliquer ce qu'est le consentement.

En Suisse, une commission du Conseil des États retravaille actuellement le Code pénal, notamment sur la question des atteintes à l’intégrité sexuelle. Pour l’instant, le viol ne concerne que la pénétration vaginale. Toute pénétration anale ou orale forcée est exclue de la définition, écartant ainsi les victimes masculines. La révision est en cours et l’ONG peut encore faire ses propositions auprès des parlementaires, indique le président de la commission, le Genevois Robert Cramer.

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Les commentaires les plus populaires

  • Shyra le 21.05.2019 20:05 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Notre Justice est de quel côté ?

    Il serait donc juficieux que nôtre belle justice prennent les dispositions qui s'imposent pour les victimes qui osent déposer plainte. Et lorsque les faits sont avérés cesser d'appliquer du sursis sous prétexte que le mis-en-cause aurait des circonstances atténuantes car sous l'emprise de l'alcool ou stupéfiants. Je n'ai jamais lu sur une bouteille quelconque "tu peux violer, tuer, mépriser les lois, les droits et l'intégrité des personnes qui vous entourent" Faut juste changer nos lois pour redonner confiance aux victimes !

  • linette le 21.05.2019 20:03 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    pas facile

    Il est très dur à 12 an de rien dire à personne j avait tellement peur que mon papa le tue c était le voisin j ai attendu 40 ans et pour en parlé suite à un grand choque psychologique je suis détruite

  • Guillaume T le 21.05.2019 22:38 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Basta

    Faut durcir les lois concernant le viol et le harcèlement sexuel, également tout ce qui touche aux mineurs doit être sévèrement puni, trop de vie détruite !

Les derniers commentaires

  • Fred Pintus le 22.05.2019 12:26 Report dénoncer ce commentaire

    Justice mauvaise

    Toute façon vu la justice, porter plainte servira à quoi au final ? Un violeur risque moin qu'un chauffard qui lui n'a tué et traumatisé personne. Ces pauvres femmes qui se font violer sont traumatisées à vie et ne sont plus pareilles. A Quand une vrai justice pour ces pourritures ?

    • ruedu le 22.05.2019 19:13 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Fred Pintus

      même si tout n'est pas parfait, si c'est avéré, il est mieux de porter plainte. cela permet de protéger d'autres personnes

  • Martine Villaschi le 22.05.2019 11:28 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Justice sur les viols

    C'est triste et pourtant je comprends je trouve que la justice est pas toujours correcte avec les problèmes de viol ayant vécu cela a travers une personne très proche avec un dossier en béton et pourtant la loi n'a pas été du côté de la victime mais de l'accusé ..... alors la justice pour les viols j'y crois pas trop à moins que la victime reste handicapée!!!!

  • Jules C. le 22.05.2019 11:15 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    normal

    Elles savent bien que ça sert à rien, longue procédure, revivre ce cauchemar, tout ça pour aboutir à une condamnation avec sursis, je porterai pas plainte non plus.

  • Genna N. le 22.05.2019 09:00 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    si je devais qualifier en

    Quelques mots la justice, je dirais : qu'en tant que victime, il n'y a pas plus injuste que la justice. Dans ce pays, oh combien paternaliste, nos édiles politiques n'ont jamais pris la mesure des conséquences qui résultent de tout acte de violence faite à l'encontre d'un être humain. Le coupable est bien trop souvent victimisé et jugé sur son passé et son parcours plutôt que sur la gravité des fais commis. D'où ces constantes mises à l'épreuve, ces continuels sursis et des indemnisations ridicules quand il y en a. Combien de victimes se sentent reconnues en tant que tel, suite à des jugements qui frisent l'insulte ?

  • Jeanne-Maurice le 22.05.2019 06:14 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Vraies victimes ?

    Et concernant les accusations fausses ou exagérées ? On exige aussi un changement du code pénal ? Je ne dis pas qu'il n'y a pas de viols, mais parfois il suffit d'un mot voir un regard déplacé pour être cloué au pilori er voir sa vie largemenr plus détruite que la "victime".