Suisse

29 avril 2019 11:39; Act: 29.04.2019 12:26 Print

La rue donne le tempo des partis politiques

La jeune militante suédoise, Greta Thunberg, a insufflé l'agenda des partis avec son plaidoyer climatique jusqu'en Suisse. L'égalité des sexes s'impose également.

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Photo d'illustration. (Photo: Keystone)

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En ce début de campagne électorale, la rue a imposé ses préoccupations aux politiques, que ce soit le climat ou l'égalité des sexes. Mais d'ici à octobre, les sujets de prédilection des partis pourraient faire un retour en force.

C'est une jeune militante suédoise, Greta Thunberg, qui a dicté l'actualité politique de ce début d'année. Depuis son passage au forum économique mondial de Davos en janvier, le climat est devenu un thème dominant dans les médias, le public et chez les politiques. Plus de 50'000 jeunes sont descendus dans la rue en Suisse pour la grève du climat le 15 mars. Les militants du mouvement écologiste Extinction Rebellion, qui ont notamment lancé des actions à Lausanne, appellent même à la «désobéissance civile» alors que «la probabilité d'éviter le désastre total diminue avec chaque jour qui passe».

Des élections cantonales vertes

Le climat s'est invité aux élections cantonales à Zurich, Lucerne et Bâle Campagne. Verts et Vert'libéraux y ont progressés au détriment des partis bourgeois. Il ne fait pas de doute, selon les experts, que «le climat sera un sujet important tout au long de la campagne», explique le politologue Claude Longchamp. En revanche, «les avis sont partagés sur la question de savoir s'il sera un thème dominant» à l'heure de glisser son bulletin dans l'urne, ajoute le président du conseil d'administration de l'institut gfs.bern.

Plusieurs sujets pourraient venir voler la vedette au climat. En juin, l'égalité des sexes occupera les Suisses avec la grève des femmes, qui descendront à leur tour dans la rue. Le PS s'est rapidement positionné sur ce thème et pourrait bénéficier de la grève, car pour l'instant, la situation n'est pas en sa faveur.

Sur la question climatique, il risque de perdre une partie de ses électeurs au profit des Verts, et sur la question de l'accord-cadre avec l'UE, c'est le soutien des travailleurs qui pourrait lui échapper, analyse Oliver Strijbis, professeur à l'institut de science politique à l'Université de Zurich.

Thèmes imposés

Les grands partis, comme le PS, le PLR et l'UDC, sont capables d'imposer leurs propres thèmes, souligne le politologue. La santé pourrait être prédominante en fin de campagne, avec une initiative sur les caisses maladie du PDC, dont c'est le thème dominant, et une autre du PS.

La discussion sur les primes des caisses maladie qui se tiendra à la fin de l'été pourrait éclipser le climat en fin de campagne. C'est le sujet qui préoccupe le plus les Suisses, rappelle Claude Longchamp.

Pour l'UDC et le PLR, l'Europe reste le thème de prédilection. Les tergiversations sur l'accord-cadre avec l'UE pourraient relancer l'UDC qui a raté son début de campagne, selon Claude Longchamp. Le PLR, avec sa position claire sur l'accord-cadre, propose une antithèse à l'UDC, analyse Oliver Strijbis.

Invités surprise

Quelques invités surprise pourraient encore venir changer la donne. Si le paquet fiscal venait à être rejeté par le peuple en mai, «la discussion portera sur comment éviter d'être placé sur liste noire», souligne Claude Longchamp. La question des réfugiés, qui avait eu un impact sur les élections en 2015 et est aujourd'hui en retrait, pourrait faire son retour, notamment selon l'évolution de la situation en Algérie et en Libye, selon Oliver Strijbis.

Impossible pourtant de savoir quelle sera la dynamique en octobre. D'expérience, Claude Longchamp précise qu'un sujet sur le devant de la scène en début de campagne «l'est rarement resté au moment du vote».

Mais un été potentiellement caniculaire pourrait donner un coup de pouce aux Verts et Vert'libéraux qui veulent garder la question du climat au centre de l'attention. Les autres partis vont eux tenter d'imposer leur propre agenda.

«Effet de mode»

En attendant, ils ont dû se positionner sur la question climatique, notamment l'UDC et le PLR qui ont subi des revers dans les récentes élections cantonales au détriment des partis écologistes.

«Pour le PLR c'est peut-être un contre coup de sa position sur la loi CO2», souligne Claude Longchamp. S'alliant à l'UDC, le groupe parlementaire PLR a biffé en décembre tout objectif national de réduction dans la loi sur le CO2. «Une anomalie pour le PLR», d'habitude plus conciliant envers le climat. Sa présidente Petra Gössi a tenté de rectifier en revenant à la position «qui prévalait avant ce vote, mais une partie du PLR ne partage pas cette vision».

L'UDC a choisi une autre stratégie. Il a botté en touche en parlant d'«un effet de mode» et essaie de ramener le débat sur la question européenne qu'il maîtrise mieux.

(nxp/ats)