Conseil central islamique

19 février 2018 20:37; Act: 20.02.2018 15:22 Print

Le CCIS justifie une forme d'«excision»

En Suisse, toutes les formes de mutilations génitales féminines sont interdites. Une variante est néanmoins défendue par le Conseil central islamique.

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La circoncision du prépuce masculin est une pratique largement acceptée à travers le monde. La situation est en revanche tout autre en ce qui concerne l'excision féminine, rappelle ce lundi le «TagesAnzeiger». De nombreux pays condamnent cet acte, qui est passible de lourdes sanctions.

En Suisse, les mutilations génitales féminines sont explicitement interdites depuis 2012. Selon la gravité, cet acte est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à 10 ans de prison. Cela s'applique également aux cas où les filles sont emmenées à l'étranger pour se faire exciser.

Les organisations de l'ONU tout comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ne cessent de rappeler les dangers liés à une telle pratique. Mais malgré cela, les mutilations génitales, dont les plus courantes sont l'excision du clitoris et des petites lèvres sans raison médicale, sont encore pratiquées sur d'innombrables filles au sein de diverses communautés religieuses, allant du christianisme à l'islam.

Ablation du prépuce clitoridien

Des recherches du journal alémanique montrent que le Conseil central islamique suisse (CCIS) a récemment élaboré une «expertise juridique islamique», dans laquelle il justifie la moins dangereuse des formes de circoncision féminine. Il s'agit de l'ablation du prépuce clitoridien. Selon le CCIS, cette variante est légitimée par l'islam.

Afin de justifier cette affirmation, le CCIS fait allusion à diverses citations de prophètes. Or, l'authenticité de ces citations n'est pas au-dessus de tout soupçons, avoue le Conseil central islamique dans une note en bas de page du document, que le «TagesAnzeiger» a pu se procurer. La circoncision, tailler la moustache, raser/enlever les poils pubiens, couper les ongles des pieds et des mains ainsi que l'épilation des poils sous les bras font partie des devoirs de chaque musulman, écrit le Conseil central islamique suisse. Et d'ajouter: «Mis à part le fait de tailler la moustache, tous les autres points s'appliquent aussi aux femmes. La question est de savoir si la circoncision est également un devoir pour la femme comme elle l'est pour l'homme. C'est ici que les avis divergent.»

Contactée par le quotidien, Ferah Ulucay, secrétaire générale du CCIS, souligne que le Conseil central ne donne aucune recommandation quant à la circoncision féminine. Chaque musulmane peut décider comment agir à ce niveau-là, assure-t-elle. Qaasim Illi, porte-parole du CCIS, semble avoir un avis quelque peu plus tranché. Sur Twitter, il estime que l'ablation du prépuce clitoridien n'est pas une mutilation génitale. Selon lui, la circoncision féminine n'est pas obligatoire, mais conseillée. Cette pratique ne serait pas nocive et n'aurait aucune conséquence négative pour les filles.

Circoncision féminine considérée comme «non-islamique» depuis 2006

Tout comme Qaasim Illi, le document du CCIS semble en effet dédramatiser l'ablation du prépuce clitoridien en comparant la pratique avec la circoncision masculine. Pour cela, il se base sur un document du Fonds des Nations Unies pour la population. Or, comme l'écrit le «TagesAnzeiger», le Conseil central islamique ne semble pas avoir bien lu ce fameux document puisqu'il indique clairement que les conséquences pour la santé diffèrent fortement entre la circoncision féminine et masculine.

C'est d'ailleurs pour cette raison le Conseil fédéral a décidé en 2015 que toutes les formes de mutilations génitales féminines sont à considérer et à sanctionner comme de graves lésions corporelles. Ni le Code pénale suisse ni l'OMS ne font en effet la différence entre une ablation du prépuce clitoridien et une mutilation génitale. Le CCIS semble également avoir ignoré le fait que l'Université Al-Azhar, plus haute institution de l'islam sunnite, a déclaré en 2006 comme «non-islamique» la circoncision des filles, conclut le «Tagi».

(ofu)