Abus sexuels

02 février 2011 15:27; Act: 02.02.2011 16:13 Print

Le pédophile aurait pu être arrêté en 2003

Arrêté après 29 années d'abus sur 114 enfants et jeunes handicapés, le travailleur social Hansjürg S. a failli être appréhendé en 2003.

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La fondation Nathalie détient l'internat Tannhalde à Gümlingen (BE) où Hansjürg S. a sévit jusqu'en 2008. (Photo: dr)

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En 2003, la police enquêtait sur un collègue de Hansjürg S. à l’internat Tannhalde à Gümlingen (BE) pour d'autres cas d'abus sexuels sur deux filles de l’internat, âgées de 8 et 12 ans dont une était autiste et l’autre lourdement handicapée. Photos à l’appui, le pédophile avait documenté minutieusement ses actes, montrant comment il déguisait les deux filles, quels objets il utilisait pour les pénétrer et également comment il a abusé de l’une d’elles en lui attachant les jambes. Lors de l’enquête, une autre autiste âgée de 13 ans a pu articuler aux enquêteur que Hansjürg S. avait abusé d’elle. Mais, à l’époque, des experts ont émis des doutes quant à la fiabilité de ses affirmations et ne l’ont finalement pas crue. Les accusations à l’encontre de Hansjürg S. sont alors tombées, lui permettant de commettre d’autres abus cinq ans de plus dans le même établissement.

«A cette époque, nous avons fait tout notre possible pour que cela ne se reproduise jamais, explique Walter Zuber, l’actuel directeur de la fondation Nathalie qui détient l’internat Tannhalde. Nous constatons avec amertume que des abus ont malgré tout eu lieu.» Selon lui, suite à ces graves actes, la fondation avait interdit les gardes de nuit pour les hommes, sensibilisé chaque employé et enfin évité autant que possible que le personnel soignant ne se trouve seul avec des pensionnaires. Walter Zuber ne s’explique aujourd’hui pas comment Hansjürg S. a pu commettre des abus jusqu’en 2008 dans cet établissement.

Viré pour mauvais esprit

Pendant des années, l’institution n’a rien eu à redire à l’encontre de Hansjürg S. «Mon prédécesseur n’avait aucune raison de se méfier de lui», résume Walter Zuber. Seule ombre au tableau, Hansjürg S a été licencié en 2005 au moment de la fusion de la fondation. Walter Zuber justifie ce licenciement par les rapports difficiles qu’entretenait le pédophile avec son supérieur et aussi par son esprit peu constructif à l’égard de l’équipe.

Inquiet le directeur de la fondation attend beaucoup des informations que lui transmettra le procureur. Si des indices permettront peut-être de renforcer les mesures de sécurité des pensionnaires, «on atteindra probablement jamais une protection sûre à 100%», conlut-il.

Un avis que partage le directeur de l’association nationale de branche des institutions s’occupant de personnes handicapées (INSOS), Ivo Lötscher qui peine aussi à voir les lacunes du système. Mais comme il l’a déclaré sur les ondes de la DRS, le système de protection doit être revu et mieux coordonné.

Enquête

Sur le plan de l'enquête, ce sont plus d'une centaine de personnes qui sont mobilisées pour savoir s'il y a d'autres victimes que les 122 déjà identifiées. La police cantonale bernoise ne souhaite pas à ce stade donner d'autres informations. Près des trois quarts des abus sexuels sont prescrits.

Le suspect a travaillé au cours des 30 dernières années dans neuf foyers pour handicapés du canton de Berne, d'Argovie, d'Appenzell Rhodes-Extérieurs ainsi que d'Allemagne. Les autorités bernoises ont d'ailleurs adressé à l'Allemagne une demande d'entraide.

Une hotline a été mise en place depuis mardi. Une porte-parole de la police cantonale a indiqué que la population avait recours à cette ligne téléphonique mais sans donner plus d'informations.

(amc/mac)