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02 août 2016 07:01; Act: 02.08.2016 11:43 Print

Le sentiment d'insécurité gagne du terrain

par Pascal Michel/dmz - Les derniers attentats ont porté un coup au moral des Suisses, selon un sondage mené par «20 minutes». Ils seraient aussi beaucoup à renoncer à certaines libertés pour gagner en sécurité.

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L'attaque à la machette de Reutlingen (All), le kamikaze d'Ansbach (All) ou le prêtre égorgé à Rouen (Fra): les récentes attaques, conjuguées aux drames qui ont jalonnés l'année 2016 ont entamé la confiance des Suisses. Selon une enquête menée sur les supports online de «20 minutes», 75% des participants ont confié se sentir moins en sécurité depuis ces événements. Plus de la moitié (55%) disent toutefois ne pas craindre pour leur vie.

«La terreur est omniprésente ces derniers mois. En peu de temps, plusieurs attaques ont été perpétrées dans des pays voisins, cela semble avoir eu un impact fort sur les Suisses», commente le politologue Lucas Leemann (lire encadré), qui, avec son collègue Fabio Wasserfallen, a développé le questionnaire et analysé les résultats. La certitude qu'un attentat en Suisse est impossible n'existe plus. Pas moins de 39% des répondants ont par ailleurs indiqué qu'ils pensent que le monde est en train de tomber en morceaux.

«Plus proches sont les bombes, plus nous nous sentons vulnérables»

Pour Tibor Szvircsev Tresch, de l'académie militaire de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, il est évident que les incidents à répétition et en peu de temps ont un effet tangible: «Plus proches sont les bombes, plus nous nous sentons vulnérables», poursuit-il. Le sentiment d'impuissance s'est par ailleurs renforcé car les attaques sont parfois l'œuvre de loups solitaires, qu'on ne peut pas anticiper. «Elles agissent comme des petites piqûres qui alimentent la peur, estime-t-il. Ce n'est pas comme s'il y avait eu un gros attentat ces derniers mois, qu'on aurait finalement oublié. Là, il aurait été plus facile de se dire que la vie continue.»

La peur va apparemment de pair avec la résignation. Près d'un Suisse sur deux (48%) estime que les citoyens seuls ne peuvent rien faire contre le terrorisme. Ils sont par ailleurs 58% à dire qu'ils n'éviteront pas les lieux à risques, tels que les gares, les aéroports ou les stades. Une réaction purement rationnelle pour Tibor Szvircsev Tresch: «Si on pense avec sa tête, on se rend compte que la terreur n'a pas le pouvoir de nous faire arrêter de vivre.» Ce rationalisme n'est pas aussi exacerbé quand on aborde le thème de la famille: pas moins de 61% des participants disent craindre davantage pour la sécurité de leurs amis et de leur famille depuis les dernières attaques.

Etat fouineur accepté

Ils seraient enfin 64% à renoncer à une partie de leur liberté personnelle si celle de leurs proches étaient améliorée. Comme mesures concrètes (voir graphique), un renforcement des pouvoirs du Service de renseignement de la Confédération et une présence policière accrue sont de plus en plus souvent évoqués. Seuls 11% des répondants ont dit se sentir suffisamment protégés à l'heure actuelle. Ce qui laisse présager une acceptation populaire lors du vote de 25 septembre prochain sur la réforme de la loi sur le renseignement, qui veut donner plus de pouvoir aux espions suisses.

Chose que confirme Fabio Wasserfallen: «Les résistances au renforcement de l'appareil sécuritaire sont actuellement très faibles. La majorité des gens a compris qu'ils ne peuvent pas prévenir le terrorisme par eux mêmes et s'en remettent à l'Etat», analyse-t-il. Un changement «remarquable», selon lui, quand on se remémore l'affaire des fiches ou le regard habituellement très critique des citoyens envers l'armée.