Suisse

18 décembre 2018 11:21; Act: 18.12.2018 16:31 Print

Les apprentissages sont-ils trop exigeants?

par Christine Talos - La conseillère nationale Géraldine Marchand-Balet s'inquiète des aspects théoriques toujours plus complexes de certains métiers et qui provoqueraient trop d'abandons.

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Géraldine Marchand-Balet pointe du doigt les plans de formation qui s'alourdissent toujours plus. (Photo: Keystone)

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«Ne tue-t-on pas le marché du travail en élevant trop les exigences de certains CFC?» C'est la question que vient de poser Géraldine Marchand-Balet au Conseil fédéral via une interpellation. La conseillère nationale PDC valaisanne s'inquiète du nombre de résiliations de contrats d'apprentissage, avec 20 à 30% d'abandons selon les filières. Et surtout des conséquences de ces abandons en terme de pénurie future de personnel en Suisse.

La Valaisanne pointe du doigt les plans de formation qui s'alourdissent toujours plus. «J'ai eu différents contacts avec des centres de formation professionnelle et des milieux économiques», explique-t-elle «Et tous tirent la sonnette d'alarme en disant attention: le taux d'abandon est élevé car les exigences pour obtenir un CFC (ndlr: certificat fédéral de capacité) augmentent trop», explique-t-elle.

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Problème aussi pour les employeurs

En outre, les contraintes et exigences au niveau des évaluations en entreprise freineraient les meilleures volontés, affirme la conseillère nationale. «Les patrons et les formateurs ont envie de former les jeunes, mais se découragent devant la complexité des parties administratives, avec parfois des piles de classeurs sur les objectifs fixés, des objectifs dont même les professionnels ne saisissent pas les enjeux.»

Mais n'est-ce pas aussi le niveau des jeunes qui a baissé? «Il y a des études qui vont en ce sens, c'est vrai», reconnaît la conseillère nationale. «Mais globalement, je ne pense pas que le niveau de formation de base ait diminué de façon si drastique qu'il puisse expliquer le nombre d'abandons en apprentissage.»

Les apprentis au social ensuite?

La Valaisanne veut donc que Berne lui réponde sur les raisons de ces abandons et aussi sur le sort qui attend les jeunes une fois leur contrat résilié. Car la présidente de la commune de Grimisuat le constate: de plus en plus de jeunes sont aussi à l'assistance sociale ou en rupture. Elle demande donc au Conseil fédéral de réfléchir sur les actuels plans de formation. «Est-il vraiment nécessaire qu'un cuisinier sache parler deux langues?» cite-t-elle en exemple. Ou de prolonger d'une année l'apprentissage des installateurs sanitaires? Ou encore de rajouter des heures de théorie aux employés de commerce?

Pour Géraldine Marchand-Balet, pas question toutefois de critiquer l'apprentissage et toutes les passerelles vers les études supérieures qu'il permet. «C'est un système excellent», affirme-t-elle. Mais il faudrait selon elle privilégier une formation professionnelle de base commune, la plus large possible et accessible au plus grand nombre des apprentis. « Si le jeune veut ensuite se spécialiser, il pourrait le faire par le biais de brevets fédéraux, en acquérant certains modules, ou encore via la formation continue», lance-t-elle.

Elle veut aussi savoir comment les organisations du monde du travail (ORTRA) fonctionnent en Suisse et pourquoi les entreprises ne sont pas consultées sur les secteurs où les formations ne répondent plus aux besoins du terrain. C'est ce qui se passe aujourd'hui, selon elle. «On a plutôt des patrons qui disent que l'on demande trop aux jeunes. C'est le retour que j'ai et c'est ce qui m'inquiète. »

(nxp)