Suisse

19 novembre 2019 15:48; Act: 19.11.2019 16:21 Print

Les assistants vocaux à l'épreuve du marché

Sur un marché helvétique plurilingue, les assistants vocaux doivent faire face à de nombreux défis.

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Les assistants vocaux ont fort à faire en Suisse. (Photo: Keystone)

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Parler aux machines, mais surtout être compris par elles, voilà l'objectif que se fixe tout un pan de l'intelligence artificielle (IA). Les ingénieurs travaillent d'arrache-pied pour rendre accessible la complexité du langage aux machines, mais pour l'instant les obstacles restent nombreux, d'autant plus sur le marché helvétique plurilingue.

Avec ses trois applications sur l'Assistant Google et Amazon Alexa, la radiotélévision Suisse (RTS) fait office de pionnière en permettant aux utilisateurs d'accéder à ses contenus par la voix. «Nous voulions être aux avant-poste sur ces interfaces, même si l'utilisation d'assistants vocaux reste marginale en Suisse», explique Xavier Zeppetella, chef de projet innovation pour l'entreprise publique. Il estime à 5000 le nombre d'enceintes connectées en circulation en Suisse romande.

«Sans surprise, les Etats-Unis sont en avance: sur les 200 millions d'assistants vocaux dans le monde, 42% sont dans des ménages américains», observe Frédéric Feytons, directeur technologique (CTO) de Tapptic, qui a co-développé les applications à commande vocale de la RTS.

«Plus avantageux»

Si l'Europe est à la traîne, c'est que le principal défi est celui «d'une reconnaissance vocale aussi efficace dans nos langues qu'en anglais», assure Frédéric Feytons. Les langues sont adoptées par les fournisseurs américains «dans un ordre de priorité défini par la taille de marché».

Or, il est «plus avantageux» de créer une expérience vocale aux Etats-Unis, qui touchera potentiellement des centaines de millions de consommateurs, plutôt qu'en Europe «coupée en autant de sous-marchés qu'il y a de langues parlées», explique-t-il.

«La technologie n'est pas encore au point», confirme Xavier Zeppetella. Les dialectes suisses alémaniques, par exemple, ne sont pas pris en compte. «Nous assistons par conséquent à un marché qui se développe à deux vitesses, la France et le Royaume-Uni enregistrant une croissance rapide, Radio France ayant par exemple doublé les auditeurs sur les assistants vocaux en une année, alors qu'en Suisse le marché stagne», remarque le spécialiste.

Avec la proximité de Google et son centre de recherche sur la reconnaissance vocale, le marché suisse ne devrait toutefois pas rester sur le carreau trop longtemps. «Je suis certain qu'une solution arrivera pour le Suisse-allemand», a estimé Xavier Zeppetella. Interrogé par AWP, un porte-parole de Google a seulement indiqué qu'«en ce moment il n'y a rien à annoncer concernant l'intégration du suisse allemand», refusant de fournir plus de détail.

Sésame, ouvre-toi

Avec Google et Amazon aux commandes, le marché des assistants vocaux est dominé par deux géants qui dictent les règles du jeu. «Une des grandes problématiques est de faciliter l'accès à nos contenus», explique Xavier Zeppetella. Pour le moment, les utilisateurs doivent prononcer une phrase spécifique, soit «Parler à RTS Info», pour en intégrer l'univers. S'ils ne le font pas, Google Home ou Alexa fournissent leurs propres résultats de recherche, ce qui explique la très faible audience de la RTS sur ces supports.

«La BBC et Radio France ont déjà négocié avec Amazon et Google pour être, sur certains mots-clés, les fournisseurs par défaut de nouvelles», explique le spécialiste. Il a bon espoir que la collaboration avec les deux géants porte toutefois ses fruits. «Ce sont des entreprises ouvertes au dialogue et qui veulent véritablement offrir le meilleur contenu à leurs utilisateurs».

Et il ne manque pas d'idées pour rendre les contenus attractifs sur ces supports. «A notre première phase de 'découvrabilité', visant à simplement donner l'accès, suivra une phase de création de contenus adaptés, puis une troisième phase qui mettra l'interactivité au centre du jeu», prévoit-il.

Forte croissance

Du côté de Tapptic, on table sur une forte croissance de la demande pour des applications à commandes vocales d'ici un an ou deux, portée notamment par les médias radiophoniques, la télévision ou d'autres secteurs, comme les centres d'appels, qui cherchent à optimiser leur fonctionnement.

Les assistants vocaux intéressent surtout pour les interactions très courtes. «Ce sont dans ces micro-interactions de quelques secondes que le vocal déploie toute sa puissance: l'accès au service est alors plus rapide qu'avec les autres interfaces», confirme Frédéric Feytons.

Ce dernier insiste sur le caractère «attentiste» du marché européen: «les éditeurs attendent de constater des succès outre-Atlantique avant de vraiment s'investir ici».

Au troisième trimestre 2019, près de 29 millions d'assistants vocaux ont été vendus dans le monde ( 44,9% sur un an), selon le dernier relevé de Canalys. Amazon détient avec Alexa 36,6% des parts de marché, creusant l'écart avec le concurrent Google (12,3%). Les chinois Alibaba (13,6%), Baidu (13,1%) et Xiaomi (12,0%) ont fortement contribué à la croissance avec leurs appareils respectifs.

(nxp/ats)