Suisse

28 novembre 2019 17:17; Act: 28.11.2019 17:24 Print

Les frites «susceptibles de provoquer le cancer»

Un fort taux de chlorprophame, un pesticide à risques, serait présent dans les patates suisses. Si l'Union européenne souhaite interdire sa commercialisation, la Suisse est à la traîne.

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Les frites suisses affichent la présence d'un pesticide controversé dans leurs cellules. (Photo: Keystone/Stephanie Lecocq)

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Outre leur forte teneur en graisse, les frites et les chips suisses se révèlent dangereuses pour la santé, rapporte le quotidien «24 heures».

Du chlorprophame, un pesticide porteur de risques sanitaires élevés serait présent dans les patates et l'industrie alimentaire helvétiques. Selon l'Université de Kiel (All.), il est même classé dans la catégorie réglementaire européenne H351, regroupant des produits «susceptibles de provoquer le cancer».

«Il a produit des cancers dans l'expérimentation animale. Il y a en outre suffisamment d'indications chez l'être humain déterminant que ce produit s'avère cancérogène», prévient le toxicologue allemand Hermann Knuse.

Un produit «à réévaluer»

Alertée par le message, l'administration européenne a, en toute discrétion, commencé à retirer ce pesticide de la circulation l'été dernier. Sa vente sera interdite dès le début de l'année prochaine. De son côté, l'administration fédérale, consciente du problème, rappelle que «les décisions de l'Union européenne ne sont pas directement applicables en Suisse.» L'Office fédéral de l'agriculture placera dès 2020, le pesticide sur sa «liste de produits à réévaluer». Au terme du processus, qui devrait durer jusqu'à six mois, une décision sera prise sur son éventuel retrait du marché.

Une utilisation en baisse

Une attitude qui ne rassure toutefois pas Marcel Liner, responsable de l'association Pro Natura: «Nous savons depuis tant d'années que ce pesticide constitue un risque élevé.»

«Notre branche cherche une alternative depuis des années», ajoute Christine Heller, porte-parole de l'association des producteurs suisses de pommes de terre, Swisspatat. «La santé des consommateurs est très importante pour nous et nous n'avons pas guère besoin aujourd'hui d'un pesticide controversé.»

Le chlorpropham serait pourtant toujours régulièrement répandu dans des champs de patates helvétiques, et serait particulièrement détectable dans les stockages précédant la fabrication de frites. Il faut tout de même préciser que son utilisation tend à diminuer: trois tonnes de ce produit ont été vendues dans le pays en 2010, contre deux l'an dernier.

Inquiétudes autour d'un autre pesticide

En outre, plusieurs parlementaires s'inquiètent que la Suisse n'ait pas encore imité l'Union européenne et ordonné le retrait d'un autre pesticide, le chlorothalonil. Les procédures prennent du temps, mais une décision assortie d'une échéance d'utilisation sera prise d'ici à la fin de l'année, leur a répondu le Conseil fédéral.

Cette substance active, autorisée en Suisse depuis les années 1970, est considérée depuis longtemps par l'UE comme probablement cancérigène. La Suisse savait depuis février 2013 qu'une procédure de réexamen était en cours, écrit jeudi le gouvernement à Martina Munz (PS/SH). Depuis fin janvier 2018, il n'est pas exclu que certains métabolites pouvant se retrouver dans l'eau, aient un effet génotoxique.

(ats/szu)