Suisse

19 janvier 2017 09:51; Act: 20.01.2017 06:42 Print

Les mineures mariées de force en hausse sensible

par Pascal Schmuck, Zurich - Le nombre de mineures, souvent mariées contre leur gré, a nettement progressé, principalement en raison de l'immigration.

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Les mariages de mineurs concernent tous les continents et toutes les religions. (Photo: Keystone)

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Le nombre de mineures mariées de force s'est envolé en Suisse. Alors qu'ils n'étaient que cinq cas déclarés pour la décennie entre 2005 et 2015, le chiffre est passé à 51 rien que pour 2016, s'inquiète la présidente du bureau contre les mariages forcés Anu Sivaganesan.

Les principales victimes sont des adolescentes, a-t-elle précisé au quotidien Tagblattde Saint-Gall. Elles sont incapables de résister aux pressions familiales, motivées par des facteurs traditionnels ou religieux concernant la virginité.

«Plus c'est tôt, plus c'est pur»

«La raison invoquée plus c'est tôt, plus c'est pur est un mauvais prétexte», s'emporte Anu Sivaganesan. En outre, nombre de jeunes filles sont mariées avant leur départ sur les routes des migrations, dans l'espoir qu'elles seront protégées contre les abus sexuels lors du voyage.

La présidente rappelle également qu'il suffit que la situation se dégrade dans une région pour assister à une explosion des mariages précoces. Avec la guerre en Syrie, les unions de mineures à bondi à 32% en 2014 contre 13% avant le conflit, selon des chiffres de l'UNICEF.

Le programme arrive à son terme

La forte hausse constatée en Suisse s'explique par une meilleure sensibilisation mais principalement par les migrations. Le bureau met en avant de nombreux cas impliquant des réfugiés provenant d'Afghanistan, de Syrie ou d'Érythrée mais il ne tient pas de statistiques par nationalité ou par religion.

La Confédération n'a aucun chiffre sur le phénomène et les autorités ne veulent pas s'exprimer sur les chiffres dévoilés par le bureau. D'autant plus que le programme contre les mariages forcés doit se terminer en 2017 et que sa relève n'est pas assurée. Le Conseil fédéral aimerait bien mettre en place un nouveau programme quinquennal. Il doit présenter un rapport à ce sujet dans le courant de l'année.

Le programme actuel a toutefois fait ses preuves, selon le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM). Des mesures ont été prises dans de nombreuses régions de Suisse et pour de nombreux politiciens tant de gauche que de droite, les chiffres du bureau contre les mariages forcés doivent inciter à ne pas baisser la garde.

Politiciens au créneau

«Ces chiffres sont effrayants et ils sous-estiment probablement la réalité», a réagi la conseillère nationale Natalie Rickli (UDC/ZH). Elle a déjà déposé une motion qui vise à déclarer invalides toutes les unions avec des mineurs.

Cette disposition est déjà prévue par la loi, avec une exception de taille: si le mariage répond à l'«intérêt prépondérant» du mineur, un tribunal peut le déclarer valide. C'est cette condition que Natalie Rickli veut supprimer. «Un mariage est légal à partir de 18 ans et cela doit s'appliquer à tous.»

La conseillère nationale Bea Heim (SP/SO) doute de la pertinence d'une interdiction et préfère mettre en place de nouvelles mesures de protection pour les principales intéressées. Elle demande également à ce que les parents soient davantage sensibilisés sur ce sujet lors de réunions à l'école, par exemple.

(nxp)