Suisse

02 juin 2017 09:39; Act: 02.06.2017 10:01 Print

Les pédiatres hostiles à établir l'âge des migrants

par Pascal Schmuck, Zurich - Un essai-pilote à Zurich vise à déterminer l'âge des migrants à l'aide de tests médicaux. Les pédiatres ne veulent pas y prendre part.

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Déterminer l'âge des migrants représente parfois un casse-tête pour les autorités en l'absence de documents. (Photo: Keystone)

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La Société Suisse des Pédiatres (SSP) ne veut plus travailler avec le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) et appelle ses membres à refuser de collaborer, comme l'explique le Blickdans son édition du 2 juin 2017.

Les autorités cherchent en effet à déterminer l'âge des migrants, dont certains affirment qu'ils sont mineurs. Ces derniers représentaient en 2016 près de 7,3% des demandeurs d'asile.

La SSP monte au créneau

En l'absence de documents, le SEM a recours à des preuves médicales, comme l'étude du développement des os de la main, des dents et de certaines parties du corps, notamment la pilosité ou les parties génitales. Un essai-pilote a lieu à Zurich mais c'en est trop pour la SSP qui dénonce des méthodes «trop approximatives».

«Il n'existe actuellement aucune méthode scientifique qui permette de déterminer précisément l'âge entre 15 et 20 ans et ainsi de savoir qui est mineur ou non», explique la SSP. La société entend ainsi éviter de participer à des erreurs de jugement car si un mineur est reconnu comme un majeur, il perd les droits de la protection de l'enfance.

«C'est un problème si ces mineurs sont expulsés et ne reçoivent pas l'aide à laquelle ils ont droit», a affirmé la présidente Nicole Pellaud au journal zurichois. Elle prévoit d'informer les autorités fédérales et cantonales de sa position.

Le SEM rétorque

Le SEM défend ses pratiques, qui ne sont «utilisées qu'en complément d'une évaluation globale lors de la détermination de l'âge», a précisé le porte-parole Jonas Montani. «Aucune décision ne se base uniquement sur l'expertise médicale.»

L'analyse des os de la main ne constitue «qu'un faible indice» et les tests ne sont menés qu'avec l'assentiment des principaux intéressés. Et lors des examens corporels, les requérants ne sont jamais touchés ni complètement nus.

Le porte-parole souligne qu'entre 2014 et avril 2017, ces expertises ont été menées dans 300 cas. «Pour la moitié, les examens ont prouvé que les personnes étaient mineures avec une forte probabilité ou une quasi-certitude.».

La Confédération veut d'abord voir les résultats de l'essai-pilote à Zurich avant d'introduire ces mesures globalement. «Les décisions ne devraient pas être prises avant la fin 2017», a estimé Jonas Montani. Assez longtemps pour voir si les pédiatres vont suivre l'appel au boycott de leur association faîtière.

(nxp)