Elections fédérales 2019

01 mars 2019 11:35; Act: 01.03.2019 11:35 Print

Les tweets trahissent les opinions politiques

Un algorithme compare les tweets d'un utilisateur avec les mots ou phrases similaires à ceux utilisés par un parti et en déduit l'orientation politique.

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Twitter en dit beaucoup plus sur ses utilisateurs que ce qu'ils veulent bien en croire. (Photo: Keystone)

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Les opinions politiques de certains utilisateurs de Twitter peuvent actuellement être dévoilées grâce à un programme et utilisées par les partis à des fins publicitaires. L'algorithme derrière cet outil peut toutefois se tromper.

Quand il parle de son programme, Hernani Marques se montre modeste. «Je l'ai fait à la hâte», raconte l'«hacktiviste» du Chaos Computer Club Suisse lors d'un entretien avec Keystone-ATS. Il est encore «très primitif et simple», mais il peut être perfectionné selon les besoins.

Concrètement, le programme compare les expressions linguistiques d'un utilisateur de Twitter avec celles des différents partis suisses et de quelques partis allemands. Il détermine ensuite au site de quel parti elles correspondent le mieux.

Pour ce faire, Hernani Marques a téléchargé les pages internet des partis en octobre 2018. Quand le software trouve un mot ou une phrase similaire à ceux utilisés par un parti dans les tweets d'un utilisateur, cela génère une concordance. Plus il y a de concordances, plus l'association à un parti est probable.

Reconnaître l'électorat volatil

«Je peux déterminer tes opinions politiques à travers tes tweets», conclut Hernani Marques. Et cela en toute légalité. Twitter a une interface numérique ouverte qui permet à toute personne disposant de connaissances IT même modestes d'extraire et d'utiliser des données, explique-t-il. «Le programme et son fonctionnement ne violent aucune réglementation.»

Problème: les utilisateurs ne savent pas qu'ils ont été catégorisés. Une réalité d'autant plus problématique que les résultats peuvent être faux. «Que ce soit vrai ou pas, cela n'a pas d'importance», affirme Marques. «L'algorithme a parlé.» Par ailleurs, même les usagers de Twitter qui s'efforcent d'utiliser un ton politique neutre seront rangés dans une case.

Ces données sont cependant utiles aux partis. Ils peuvent s'en servir pour envoyer des publicités ou des messages ciblés aux utilisateurs des réseaux sociaux qui se situent dans un spectre politique similaire, mais dont ils n'ont pas obtenu les voix lors des précédentes élections.

Cibler des groupes

L'outil d'Hernani Marques, tout comme d'autres programmes du Chaos Computer Club Suisse, n'est pas destiné à la vente. Avec ses collègues «hacktivistes», il veut surtout rendre attentif aux hasards, aux risques et aux dangers de la Toile, sans arrière-pensée commerciale.

Une entreprise informatique professionnelle pourrait toutefois facilement poursuivre le développement du programme, précise Hernani Marques. Avec peu de moyens, on peut atteindre beaucoup. «Si un parti met 100'000 francs sur la table, alors on peut aller encore un peu plus loin.»

Différents acteurs pourraient en sus acheter des données d'utilisateurs spécifiques, comme des messages privés, à des pirates professionnels, et affiner l'algorithme. Les partis pourraient ainsi gagner à leur cause des électeurs volatils, sans qu'ils ne s'en rendent compte.

(nxp/ats)