Romandie

13 mai 2015 12:02; Act: 13.05.2015 12:02 Print

Liberté d'expression d'un journaliste en cause

La Cour européenne avait condamné la Suisse pour violation de la liberté d'expression, la Confédération demande l'annulation de ce verdict.

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Condamnée par la Cour européenne pour violation de la liberté d'expression du journaliste Arnaud Bédat après un article sur le drame du Grand Pont à Lausanne, la Suisse a plaidé mercredi à Strasbourg l'annulation de ce verdict. La Grande Chambre ne rendra pas son verdict avant plusieurs mois.

Tout avait commencé en 2003 par la publication d'un article que l'hebdomadaire «L'Illustré» avait consacré au drame du Grand Pont, qui avait coûté la vie à trois personnes et blessé sept autres. Le journaliste Arnaud Bédat y révélait les dépositions que l'auteur du drame avait faites au juge d'instruction et à la police.

Arnaud Bédat a toujours affirmé qu'il avait reçu ces pièces confidentielles de manière anonyme et qu'il avait jugé utile d'informer le public d'autant plus que l'affaire était très médiatisée. Condamné par la justice vaudoise à une amende de 4000 francs, qui avait été confirmée par le Tribunal fédéral en 2008, le journaliste avait obtenu l'an dernier gain de cause à Strasbourg.

Opinions divergentes

La Cour européenne avait jugé que la sanction violait le droit à la liberté d'expression. «La condamnation infligée au journaliste pour publication de débats officiels secrets ne peut être qualifiée de nécessaire dans une société démocratique», avait relevé la cour.

Ce verdict n'était toutefois tombé qu'à une très courte majorité de quatre juges. Trois autres magistrats, dont la juge suisse Helen Keller, avaient défendu une opinion divergente et soutenu que la condamnation du journaliste ne violait pas la Convention européenne des droits de l'homme.

«Défendre l'honneur de la profession»

Plaidant mercredi devant la Grande Chambre de la Cour européenne, le représentant du gouvernement suisse, Frank Schürmann, a contesté l'intérêt du public à recevoir les informations divulguées par «L'Illustré». Les révélations faites par le journaliste ne visaient pas «à donner une information objective sur les circonstances du drame du Grand Pont mais à susciter la curiosité des lecteurs».

Présent lui aussi à Strasbourg, avec ses avocats Charles Poncet et David Hoffmann, qui ont plaidé le maintien de la condamnation de la Suisse pour violation de la liberté d'expression, le journaliste Arnaud Bédat a déclaré à l'ats qu'il tenait à assister à l'audience «pour défendre l'honneur de la profession».

(ats)